Journée de commémorations et de réconciliation à Oka, 25 ans après la crise

OKA, Qc – Vingt-cinq ans après le début de l’affrontement qui a opposé durant 78 jours les Mohawks du Québec et des soldats canadiens, la communauté de Kanesatake n’a oublié ni la crise d’Oka, ni les raisons qui l’ont motivée.

Des dizaines de membres des communautés de Kanesatake et d’Oka ont défilé, samedi, sur une route de terre bordée d’arbres, dans la forêt de la pinède d’Oka. C’est cette même route que les Mohawks avaient barricadée, en 1990, pour protester contre l’agrandissement proposé d’un terrain de golf sur ce que les Mohawks considèrent comme étant leurs terres.

La marche était l’un des nombreux évènements organisés pour marquer l’anniversaire de la crise d’Oka, qui a éclaté le 11 juillet 1990, lors d’une fusillade entre des Mohawks et des policiers de la Sûreté du Québec. L’échange de coups de feu avait mené au décès du caporal Marcel Lemay et les autorités n’ont jamais découvert d’où provenait le projectile qui l’a abattu.

Par la suite, environ 800 soldats des Forces canadiennes avaient été appelés en renfort à Oka, une municipalité située à 50 kilomètres au nord-ouest de Montréal.

Les Mohawks avaient alors dressé cinq barricades sur la route 132 et sur le pont Mercier. Leur démantèlement sera le résultat de 78 jours de négociations et d’un compromis entre l’armée et les Mohawks. L’agrandissement du terrain de golf ne s’est, finalement, jamais réalisé.

Samedi, John Cree, l’un des Mohawks qui ouvrait la marche, a rappelé aux marcheurs que le territoire faisait toujours l’objet de contestations et que beaucoup des terres qui l’entourent sont menacées d’être développées.

«C’est pourquoi nous marchons aujourd’hui. Ce n’est pas pour dire « vous nous devez ces terres ». Elles nous appartiennent. Nous n’avons pas à la réclamer. Nous n’avons pas à réclamer quelque chose qui nous appartient», a-t-il dit.

Or, plusieurs de ceux qui se sont exprimés au cours de la cérémonie de samedi à Oka se sont plutôt concentrés sur la réconciliation et la guérison, 25 ans après l’événement.

La soeur du caporal tué, Francine Lemay, a déclaré que la crise l’avait éventuellement amenée à en apprendre davantage sur l’histoire des Mohawks et sur les injustices qu’ils ont subies. Depuis la première fois qu’elle a visité la communauté et lu un livre sur l’histoire des Mohawks — qu’elle a par la suite traduit en français —, elle s’est donné un mandat de «pacificatrice». Elle dit s’être consacrée à combler les fossés culturels entre les deux communautés.

Mme Lemay a affirmé qu’elle remarquait un intérêt grandissant chez les Canadiens pour en apprendre davantage sur les Premières Nations. Elle a toutefois reconnu que «beaucoup rest (ait) à faire concernant la reconnaissance et la réparation des torts».

Plusieurs chefs de Premières Nations et des élus étaient sur place, dont le chef de l’Assemblée des Premières Nations pour le Québec et le Labrador, Ghislain Picard, et le ministre provincial responsable des Affaires autochtones, Geoffrey Kelley.

Le grand chef de Kanesatake, Serge Simon a souligné en conférence de presse que les représentants du gouvernement fédéral «n’étaient pas les bienvenus», samedi.

Le grand chef Simon et le maire d’Oka, Pascal Quevillon, se sont serrés la main pour démontrer la collaboration entre la municipalité et le conseil de bande. «Le grand chef et moi, avec le soutien de nos conseils respectifs, avons pavé la route à un dialogue pour faire en sorte que la pinède soit préservée», a-t-il souligné.

Pascal Quevillon a affirmé que ce geste ne faisait «qu’officialiser» une situation qui dure depuis plusieurs années, déjà. «Nous partageons des commerces et nos deux communautés travaillent ensemble chaque jour», a-t-il fait remarquer.

Le grand chef Serge Simon a expliqué que la commémoration lui avait fait revivre plusieurs émotions fortes et songer à des choses auxquelles il «n’avait pas pensé depuis 25 ans», dont la «persécution» des militants Mohawks par la police provinciale.

Il a reconnu qu’il ressent encore beaucoup de colère à leur endroit, mais il essaie maintenant de s’en défaire. «Je ne veux plus porter ça», a-t-il précisé.

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