Jugement: les travailleuses du sexe pourront mieux assurer leur sécurité

MONTRÉAL – Le groupe de défense des travailleuses du sexe Stella crie victoire à la lumière du jugement de la Cour suprême sur la prostitution, estimant qu’elles pourront plus aisément prendre des mesures pour assurer leur propre sécurité.

«La voix des travailleuses du sexe a été entendue et respectée. On accueille le jugement avec beaucoup d’émotion. Ce que le jugement nous dit, c’est que la vie des travailleuses du sexe compte et que la sécurité des travailleuses du sexe doit être mise de l’avant», s’est réjouie Anna-Aude Caouette, coordonnatrice clinique pour Stella, au cours d’une rencontre avec la presse à Montréal, vendredi.

«Ce que ça fait pour nous, c’est que ça va désormais nous permettre de s’organiser pour travailler en sécurité, en santé et avec dignité», a-t-elle ajouté.

Quant au fait que le gouvernement conservateur devra réécrire d’ici un an la loi pour rendre le tout plus cohérent, Mme Caouette affirme qu’elle verra alors ce qu’il en ressortira. «Il va falloir faire beaucoup de travail d’éducation au sein des conservateurs. Je suis certaine qu’il y a des gens, même au sein des conservateurs, qui doivent peut-être vouloir mettre les évidences avant la morale, alors on verra.» Elle souhaite au moins qu’il consulte les travailleuses du sexe, qui connaissent mieux que quiconque leurs besoins.

L’Institut Simone De Beauvoir de l’Université Concordia, qui avait obtenu un statut d’intervenant devant la Cour suprême, se félicite aussi de ce qu’il qualifie de «victoire féministe».

L’avocat Walid Hijazi, qui avait représenté l’institut devant la Cour suprême, a voulu se montrer rassurant pour les citoyens qui craignent de voir des maisons de débauche se multiplier. «Soyez rassurés que toutes les dimensions violentes de la prostitution qui nous font peur demeurent criminalisées. Alors au niveau de la loi, les ‘pimps’ n’auront pas carte blanche pour exploiter les femmes et les enfants», a-t-il lancé.

Le mouvement féministe ne parle pas d’une seule voix sur cette question de la prostitution.

Ainsi, la présidente du Conseil du statut de la femme, Julie Miville-Dechêne, a dénoncé le jugement, au contraire de l’Institut Simone De Beauvoir.

«Ce jugement facilitera la vie des clients et des proxénètes, ce qui aura certainement un effet sur l’augmentation du nombre de prostituées et sur la traite humaine», s’est inquiétée Mme Miville-Dechêne.

Elle déplore le fait que la Cour suprême ait ainsi «banalisé l’exploitation dont est victime la très grande majorité» des prostituées.

Le Conseil du statut de la femme se dit tout de même «soulagé» du fait que les prostituées soient «décriminalisées» par cette décision.

Il en est de même pour la Coalition pour l’abolition de la prostitution. À Ottawa, sa porte-parole Diane Matte a dit souhaiter qu’on reconnaisse maintenant «que la prostitution est une forme de violence envers les femmes» et est basée au départ sur un rapport d’inégalité.

Dans cette veine, Mme Matte souhaiterait que l’on criminalise «tout achat d’acte sexuel».

De son côté, le maire de Montréal, Denis Coderre, qui avait promis de combattre les «salons de massage» qui sont en réalité des lieux de prostitution, ne semblait pas croire que le jugement de la Cour suprême nuirait à ses efforts.

«Ce n’est pas une approche morale, c’est une approche de prévention, de protection» des victimes, a-t-il défendu. Il affirme que plusieurs de ces soi-disant salons de massage abritent «une réalité de violence, d’esclavage sexuel» à l’endroit de mineures, ce qui implique aussi des gangs de rue.

Avec le Service de police de la ville de Montréal, il pense même «maintenir le cap» dans ses interventions à ce chapitre. «On va continuer à faire notre travail», a affirmé le maire Coderre.