La CAQ veut lutter contre la polarisation de l’opinion publique

QUÉBEC – La Coalition avenir Québec (CAQ) a proposé lundi un nouveau mode de scrutin qui doit diminuer la polarisation de l’opinion publique dont le parti politique a déjà fait les frais.

Le chef de la CAQ, François Legault, a plaidé en faveur d’un scrutin proportionnel mixte qui tiendrait davantage compte du pourcentage du vote reçu par chacun.

Lors d’une conférence de presse, M. Legault a dévoilé 10 propositions de réformes des institutions démocratiques afin, a-t-il dit, de lutter contre le cynisme envers la politique.

En plus du mode de scrutin, la CAQ souhaite également réformer la période des questions à l’Assemblée nationale, pour éliminer «le théâtre» qui permet au gouvernement de ne pas répondre aux questions de l’opposition.

Au cours des prochains mois, les 11 000 membres de la CAQ seront appelés à se prononcer régionalement sur ces suggestions, qui seront à l’ordre du jour du prochain conseil général de la formation politique en novembre prochain.

En s’adressant aux journalistes, M. Legault a affirmé que l’Allemagne et l’Écosse utilisent déjà des modes de scrutin proportionnel mixte, ce qui permet à l’opposition de jouer un rôle plus important.

«Les citoyens souhaitent plus de collaboration entre les partis et c’est primordial si on veut sortir du bipartisme pour aller vers plus de collaboration, qu’on se pose des questions comme celles-là, sur les institutions démocratiques», a-t-il dit.

Selon le chef caquiste, au Québec, 75 des 125 sièges de l’Assemblées nationale pourraient être comblés avec le mode actuel de scrutin majoritaire, tandis que les autres pourraient être pourvus en fonction du pourcentage reçu par les formations politiques.

«Pour éviter la polarisation entre les ‘pour’ et les ‘contre’, on va tendre vers un mode au moins en partie proportionnel», a-t-il dit.

La CAQ a donné quelques exemples de distorsions du mode de scrutin actuel, notamment celui de 1998, où le Parti québécois a formé le gouvernement avec 43 pour cent des votes, alors que les libéraux en avaient 44 pour cent.

Durant le débat sur la laïcité, en 2013, M. Legault avait constaté que la CAQ, en faveur d’une position de compromis, souffrait de la polarisation du débat, les opposants se rangeant dans le camp libéral, tandis que le Parti québécois fédérait les partisans à sa charte des valeurs.

En répondant lundi aux questions des journalistes, M. Legault a affirmé que le bipartisme qui domine le paysage québécois empêche les électeurs de voter pour les partis qu’ils appuient réellement.

«La polarisation nuit à ce que souhaitent les citoyens, a-t-il dit. Les citoyens se sentent obligés de voter pour un parti qui parfois ne répond pas parfaitement à ce qu’ils recherchent.»

Si les membres de la CAQ semblent intéressés par cette question, M. Legault a reconnu un défi de communication, à la lumière notamment de débats sur le mode de scrutin proportionnel, en Ontario et en Colombie-Britannique, qui se sont soldés par le maintien du statu quo.

«C’est vrai qu’en Ontario et en Colombie-Britannique, ça a été rejeté, a-t-il dit. Mais moi je pense qu’à moyen ou long terme, c’est incontournable dans toutes les sociétés modernes.»

La CAQ propose également des modifications à la période des questions, avec un pouvoir accru au président pour juger si les membres du gouvernement répondent adéquatement à l’opposition.

Une séance de questions par semaine devrait également être consacrée au premier ministre, qui serait alors exclusivement soumis au tir des partis de l’opposition.

«Le fait que le fonctionnement n’est pas bon, ça amène et l’opposition et le gouvernement à faire du théâtre», a dit M. Legault lundi.

Dans son document, la CAQ souhaite imposer aux gouvernements minoritaires le respect des élections à dates fixes. Seul un vote de non-confiance des deux tiers de la Chambre forcerait un scrutin anticipé, alors qu’actuellement ce seuil est de 50 pour cent plus un.

Au chapitre législatif, la CAQ réclame que le gouvernement soit obligé d’appeler un certain nombre de projets de loi de l’opposition, comme c’est le cas à Ottawa.

Les caquistes sont favorables au vote par Internet mais contre la publication de sondages dans la semaine précédant une élection, comme c’est le cas pour la publicité électorale.