La Couronne veut être sûre qu’Arthur Porter est bel et bien décédé au Panama

MONTRÉAL – Deux enquêteurs de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) se rendront au Panama afin de recueillir les preuves nécessaires pour confirmer hors de tout doute le décès d’Arthur Porter, accusé de fraude au Canada.

C’est son biographe, Jeff Todd, qui avait annoncé mercredi dans un communiqué que le médecin traitant d’Arthur Porter au Panama, Roberto Lopez, venait de confirmer son décès.

Plus tard mercredi, le médecin britannique Karol Sikora a précisé dans un courriel à La Presse Canadienne que son ami était mort dans un centre de traitement du cancer du Panama peu après minuit. Selon le docteur Sikora, Arthur Porter souffrait d’un cancer métastasique du poumon depuis deux ans et demi — soit quelques mois avant son arrestation.

M. Todd a publié un second communiqué jeudi pour annoncer que la famille de M. Porter confirmait son décès.

Mais la procureure Marie-Hélène Giroux, du bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), a indiqué jeudi que cela ne suffira pas pour abandonner les accusations de fraude qui pèsent contre l’ex-directeur général du Centre universitaire de santé McGill (CUSM).

Elle attend maintenant «la confirmation officielle et des preuves» qui viendraient corroborer la nouvelle de sa mort, avant de classer l’affaire.

«L’UPAC n’a reçu de la part des autorités panaméennes aucune confirmation officielle du décès de l’accusé Arthur Porter (…) ni la preuve exigée pour valider l’authenticité du corps», écrit de son côté le commissaire à la lutte contre la corruption, Robert Lafrenière, dans un communiqué. «Il nous apparaît donc essentiel et prioritaire d’obtenir rapidement cette preuve afin de donner les suites appropriées aux importantes accusations de fraude, de complot et de recyclage des produits de la criminalité qui pèsent contre lui.»

Un agent de liaison de la Gendarmerie royale du Canada sera sur place au Panama pour prêter assistance aux enquêteurs de l’UPAC.

22,5 M $ de pots-de-vin

L’ex-directeur général du CUSM, âgé de 59 ans, avait été arrêté en 2013, lors d’une escale au Panama, en vertu d’un mandat d’arrêt lancé par un juge au Canada. L’homme était emprisonné depuis ce temps et contestait son avis d’extradition vers le Canada pour y répondre des accusations déposées contre lui.

Arthur Porter est accusé d’avoir accepté une partie des 22,5 millions $ de pots-de-vin pour que le contrat de construction du nouveau CUSM, un projet de 1,3 milliard $, soit accordé à la firme d’ingénierie montréalaise SNC-Lavalin. M. Porter était directeur du CUSM depuis 2004 lorsque la fraude aurait été commise, entre 2008 et 2011. Il a quitté son poste en 2011 lorsque des allégations de mauvaise gestion ont surgi dans les médias, et il avait depuis déménagé aux Bahamas avec sa femme.

Le Bureau de lutte à la corruption et à la malversation du DPCP a finalement autorisé le dépôt de chefs d’accusation pour fraude, complot pour fraude, fraude envers le gouvernement, abus de confiance, commissions secrètes et recyclage des produits de la criminalité contre Arthur Porter, qui a toujours clamé son innocence.

Sa femme Pamela a été condamnée en décembre dernier à 33 mois de prison après avoir plaidé coupable à deux chefs de blanchiment d’argent en lien avec la fraude présumée; elle a été libérée sous conditions le 10 juin. D’autres accusés dans cette affaire attendent leur procès.

Couillard et Péladeau

Le premier ministre Philippe Couillard, qui avait fondé une entreprise avec M. Porter en 2010, avant qu’il ne revienne à la politique, a lui aussi convenu jeudi qu’il fallait «laisser les vérifications se faire» quant à la nouvelle de son décès.

«Le seul commentaire que j’aurais — parce qu’il y a eu amplement de commentaires là-dessus: c’est une triste fin pour une triste histoire», a-t-il répondu aux journalistes lors d’un déplacement dans sa circonscription de Roberval. «C’est la seule chose que je dirais, puis il n’y a rien d’autre à dire, franchement.»

Le chef de l’opposition péquiste, Pierre Karl Péladeau, a quant à lui offert ses «sympathies» à Philippe Couillard. «Monsieur le premier ministre, comme beaucoup d’autres citoyens, je vous offre toutes mes sympathies à l’annonce du décès de votre ancien associé le Dr Arthur Porter», a-t-il écrit jeudi après-midi sur sa page Facebook.

À ses abonnés, M. Péladeau laisse ensuite, «pour plus d’informations sur cette amitié», un lien qui mène vers la page d’Industrie Canada consacrée à l’entreprise créée par MM. Porter et Couillard en juin 2010 et dissoute en octobre 2012. Il publie aussi trois photos où l’on voit Philippe Couillard avec Arthur Porter.

M. Couillard a toujours soutenu que cette entreprise n’avait jamais vraiment été active — elle n’a même pas publié d’états financiers. En fin d’après-midi, le directeur adjoint des communications au cabinet du premier ministre, Charles Robert, a écrit aux journalistes: «Je suppose que la population pourra tirer ses propres conclusions sur la valeur des commentaires de M. Péladeau.»

M. Robert a par ailleurs relevé que dans le lien cité dans sa publication sur Facebook, M. Péladeau donne accès à des documents indiquant l’adresse personnelle de M. Couillard.

Selon le porte-parole, ce deuxième incident du genre commis par M. Péladeau le rend «inapte» au poste de premier ministre parce qu’il compromet ainsi une nouvelle fois la sécurité de M. Couillard.