La crainte de l’intégrisme, l’affaire des banlieues de Montréal, selon Legault

QUÉBEC – La crainte de l’intégrisme est principalement l’affaire des citoyens des banlieues de Montréal, a soutenu François Legault, lundi, alors qu’un nouveau sondage interne semble témoigner d’une augmentation de l’appui des francophones à la Coalition avenir Québec.

Invité à se prononcer sur les propos de Janette Bertrand par un animateur d’une station radiophonique de Québec, le chef caquiste a soutenu que les citoyens de Québec et de Montréal ne voyaient pas le «problème» que constitue l’intégrisme.

Ce sont ceux qui habitent en banlieue, tant sur la couronne sud que la couronne nord de Montréal, qui sont «inquiets», car ils ne se «retrouvent plus chez eux lorsqu’ils viennent à Montréal».

En citant la controverse des vitres givrées dans un YMCA montréalais et le dossier du kirpan, M. Legault a soutenu que ces citoyens inquiets exigeaient des «balises» pour encadrer les demandes d’accommodements raisonnables.

L’arrivée de Janette Bertrand dans la campagne électorale constitue une stratégie électoraliste, selon François Legault, qui juge sévèrement cette décision.

«On sait très bien pourquoi madame Marois a sorti madame Bertrand. Et je trouve ça triste un peu, 89 ans, de dire venez nous aider. On parle trop d’économie et pas assez de charte, je trouve ça presque odieux», a-t-il dit.

Un «leader» aurait pu répondre aux inquiétudes des citoyens en adoptant rapidement une charte des valeurs, mais le gouvernement Marois a décidé de miser sur cet enjeu avec des visées électoralistes, a-t-il répété, ce qui explique les «dérapages» actuels.

Invité à préciser sa pensée plus tard en journée, François Legault a refusé catégoriquement de répondre aux questions des journalistes.

«J’ai dit ce que j’avais à dire sur la charte, vous ne m’embarquerez pas là-dedans. Je ne répondrai pas aux questions sur la charte, on en a assez dit sur la charte», a-t-il répondu.

Nouveau sondage interne

François Legault disait depuis le dernier débat que le vent avait tourné et que la CAQ était de retour dans la course. Un sondage interne, dont le Globe and Mail a obtenu copie, semble venir confirmer ces affirmations. Le coup de sonde, qui témoigne uniquement des intentions des francophones, place le Parti québécois à 36 pour, le Parti libéral à 29 pour cent et la CAQ à 24 pour cent.

L’article fait état d’une montée de neuf points du parti dans l’électorat francophone depuis le dernier sondage CROP, réalisé une dizaine de jours plus tôt. En comparaison au dernier sondage Léger, la CAQ gagnerait sept points.

«On le sent depuis quelques jours, il y a tout un changement. Les gens viennent nous voir et me disent que je suis le seul chef qui peut faire le ménage, donc c’est encourageant», a réagi François Legault, visiblement satisfait des réactions suite à cette fuite dans les médias. Le sondage CROP a été réalisé pour la CAQ auprès de 1000 francophones les 28 et le 29 mars, soit après le débat des chefs.

Plus tôt en journée, lors d’une de ses entrevues radiophoniques, le chef de la CAQ a répété qu’à son avis, la bataille électorale se limitait maintenant à deux joueurs, soit entre sa formation politique et le Parti libéral. «La question est de savoir si j’ai assez de temps pour dépasser Philippe Couillard», a-t-il affirmé.

Quant au Parti québécois, il recule dans les intentions de vote, soutenait M. Legault. «Son chien est mort à madame Marois», a-t-il lancé.

Le sondage témoigne-t-il réellement d’une déconfiture péquiste, alors que le parti demeure en avance chez les francophones?

«Ce qui est important dans un sondage, ce sont les tendances. Et la tendance continue d’être très à la baisse pour le Parti québécois et la grande majorité des Québécois ne veulent pas de référendum», a-t-il soutenu, répétant que Pauline Marois mise uniquement sur la division des citoyens.

Le chef de la CAQ s’est appuyé sur de nouvelles données de Statistique Canada qui révèlent que le revenu moyen au Québec a crû de manière plus lente que dans le reste du pays, pour réitérer que l’économie doit être le thème principal du dernier droit de la campagne, plutôt que la charte.

«Les Québécois ne sont plus en position pour réaliser des petits rêves qui sont importants pour être heureux dans la vie. On les égorge par manque de courage», a laissé tomber M. Legault à ce sujet.

Il a partagé ce message toute la journée à l’occasion d’un blitz médiatique tant à Québec qu’à Montréal, où il a accordé une dizaine d’entrevues.