La Russie et l’Arctique: le Canada acculé dans un coin sur les négociations

OTTAWA – Les nouvelles revendications territoriales de la Russie en Arctique acculent le Canada dans un coin inconfortable en vue de futures négociations sur la région, selon un expert de la défense.

Le ministère russe des Affaires étrangères a annoncé mardi que le pays avait soumis aux Nations unies son plan visant à réclamer 1,2 million de kilomètres carrés de plateau continental arctique, s’étirant à 650 kilomètres des côtes.

Le Canada, les États-Unis, la Russie, le Danemark et la Norvège tentent tous d’asseoir leur autorité dans l’Arctique, une région qui pourrait contenir jusqu’à 25 pour cent des réserves non découvertes en hydrocarbures de la planète. La fonte de la glace arctique intensifie la rivalité.

À la fin de l’année 2013, le gouvernement conservateur de Stephen Harper avait ordonné aux fonctionnaires de réécrire les revendications canadiennes dans l’Arctique pour y inclure le pôle Nord. Des travaux d’arpentage auront lieu cet été dans la région avant de soumettre le document aux Nations unies.

Dans une version anglaise du document russe, publiée par l’ambassade de la Fédération de Russie à Ottawa, les Russes rappellent que Moscou et le Canada avaient accepté de laisser la Commission des limites du plateau continental de l’ONU évaluer et de jauger les différentes recherches hydrographiques sans préjudice des droits des autres pays. Ce n’est pas à la Commission onusienne à tracer les frontières finales, affirment les Russes. Cette position signifie que la Russie, le Canada et, sans doute, le Danemark, devront négocier.

Ron Huebert, de l’Université de Calgary, affirme que M. Harper devrait dire maintenant s’il est prêt à négocier avec la Russie sur les territoires convoités.

Le gouvernement conservateur a déjà choisi la ligne dure auprès de la Russie en lien avec son annexion de la péninsule ukrainienne de Crimée, a rappelé M. Huebert. Le Canada doit se demander si l’ouverture des canaux diplomatiques sur l’Arctique pourrait signifier aux yeux de la Russie que les Canadiens acceptent maintenant la situation en Ukraine, a-t-il souligné.

«La sécurité et la stabilité de l’Arctique sont de l’intérêt du Canada, a ajouté M. Huebert. Amorcer des négociations donnerait l’impression que tout est revenu à la normale.»

Selon le professeur, l’idée de se servir du Conseil de l’Arctique pour dénoncer vertement le rôle de la Russie dans la crise ukrainienne pourrait compliquer la tâche du Canada si celui-ci voulait éviter l’escalade dans les relations canado-russes. Des négociations sur l’Arctique, qui pourraient s’étendre sur cinq ans, devront être entreprises, quelle que soit la situation en Ukraine. «(Les négociations) sont inévitables», croit le professeur.

La Russie avait été la première à présenter ses revendications en 2002, mais l’ONU avait jugé le dossier incomplet et l’avait renvoyé à Moscou. Le pays s’attend à ce que la Commission des limites du plateau continental de l’ONU commence à étudier sa soumission cet automne, selon le ministère.

En 2007, lors d’une revendication territoriale symbolique, Moscou avait envoyé un sous-marin déposer un drapeau russe sur le fond de l’océan Arctique. Moscou a depuis entrepris de rehausser considérablement sa présence militaire dans la région.