Attentat d’Ottawa: la vidéo de Zehaf-Bibeau sera diffusée vendredi

OTTAWA – La vidéo qu’a tournée Michael Zehaf-Bibeau avant de perpétrer son attentat à Ottawa en octobre dernier sera dévoilée vendredi matin par le commissaire de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), Bob Paulson, devant un comité des Communes.

«La vidéo sera montrée (devant le Comité permanent de la sécurité publique et nationale) et le commissaire répondra aux questions reliées à celle-ci», a résumé mercredi dans un courriel le sergent David Falls, relationniste à la GRC.

Il n’était «pas en mesure» de préciser si l’enregistrement serait présenté dans son intégralité ou si certains passages pourraient être censurés pour des raisons de sécurité nationale.

La police fédérale, qui se base sur la bande vidéo pour imputer au tireur des motifs d’ordre «idéologiques et politiques», avait d’abord laissé entendre que les images pourraient éventuellement être rendues publiques avant de se raviser quelques semaines plus tard.

Le commissaire Paulson avait alors invoqué la nécessité d’assurer l’intégrité de l’enquête sur les événements survenus le 22 octobre dernier dans la capitale nationale.

L’annonce faite mercredi par la GRC survient quelques heures après que le gouvernement Harper eut clairement appelé, pour une première fois, à la levée de l’embargo sur la fameuse vidéo.

La demande émanait du bureau du ministre de la Sécurité publique, Steven Blaney, qui n’a pas visionné l’enregistrement, selon son porte-parole, Jean-Christophe de le Rue, et qui a accueilli favorablement le nouveau développement dans ce dossier.

«Nous nous réjouissons que la GRC ait pris la décision de rendre publique et de commenter la vidéo», a réagi le ministre Blaney par l’entremise du même porte-parole.

«Cette attaque terrifiante reste un exemple important de la raison pour laquelle nous devons faire adopter notre Loi antiterroriste — afin que la police et les organisations chargées de notre sécurité nationale disposent des outils nécessaires pour protéger les Canadiens», a ajouté M. de le Rue dans son courriel.

Le premier ministre Stephen Harper a également bien accueilli la nouvelle, précisant n’avoir pas vu, lui non plus, la vidéo.

Il ne semble pas croire que sa diffusion pourrait attiser la menace terroriste.

«Les Canadiens sont bien conscients (…) que malheureusement, la menace terroriste djihadiste violente est bien réelle», a suggéré M. Harper en réponse à la question d’un journaliste en marge d’une annonce faite à Scarborough, en Ontario.

Les deux partis d’opposition à Ottawa, le Nouveau Parti démocratique (NPD) et le Parti libéral du Canada (PLC), qui réclamaient la divulgation de la vidéo depuis plusieurs semaines, abondent essentiellement dans le même sens que le chef conservateur et plaident qu’il y aura probablement des enseignements à tirer de cet enregistrement.

«Les groupes comme l’État islamique utilisent déjà beaucoup les médias sociaux pour faire passer des messages», a fait remarquer Rosane Doré Lefebvre, porte-parole adjointe néo-démocrate en matière de sécurité publique.

«Est-ce que ça va vraiment avoir une influence, cette vidéo-là? Je n’en ai aucune idée, je ne sais pas ce qu’il y a dedans. Mais je considère que c’est beaucoup plus important que les Canadiens sachent ce qui s’est passé. On leur doit ces réponses-là avant toute chose», a-t-elle poursuivi en entrevue téléphonique.

Même son de cloche du côté des libéraux: «Ils (les groupes terroristes) vont faire (de la propagande) de toute façon. Ils le font déjà. Cet aspect ne me préoccupe pas; je pense que les motifs qui ont poussé Zehaf-Bibeau à se radicaliser doivent être connus», a plaidé Wayne Easter, qui siège aussi au comité de la sécurité publique et nationale.

«Je pense que la population a besoin de comprendre. En fait, peut-être que ça va soulever encore plus de questions, mais au moins la population sera en mesure de porter un jugement plus éclairé sur l’individu», a-t-il souligné.

Michael Zehaf-Bibeau a froidement assassiné le caporal Nathan Cirillo, qui montait la garde au pied du monument commémoratif de guerre du Canada, avant d’entrer dans l’édifice du Centre du parlement d’Ottawa avec un fusil de chasse.

Il a finalement été abattu par les services de sécurité après être passé devant les salles de caucus où étaient réunis les députés du Parti conservateur — dont le premier ministre Harper — et du NPD.

Le projet de loi antiterroriste C-51 aurait-il pu prévenir cette attaque, comme le prétend le ministre Blaney?

L’opposition officielle se montre sceptique, et reproche encore une fois au gouvernement d’instrumentaliser ces événements à des fins électoralistes.

«Je trouve que c’est pousser le bouchon un peu fort (…) C’est un peu gros de la part du ministre d’utiliser la diffusion de la vidéo pour mousser C-51. Je ne pense pas que ça (la vidéo) cautionne leur projet de loi antiterroriste», a prédit Mme Doré Lefebvre.

Si le commissaire Paulson se présente devant le comité formé de parlementaires, vendredi, c’est parce que celui-ci a adopté une motion pour l’enjoindre à le faire, le 17 février dernier.

Le comité sénatorial qui se penche sur les dossiers reliés à la sécurité nationale a emboîté le pas, demandant au grand patron de la GRC de rendre publique «la vidéo non censurée» au moment jugé approprié ou à la conclusion de l’enquête dans une lettre datée du 25 février

La rencontre du Comité permanent de la sécurité publique et nationale, qui devrait durer une heure, débutera ce vendredi à 11 h.

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