Labeaume veut s’affranchir de la méfiance du ministère des Affaires municipales

QUÉBEC – Le maire de Québec, Régis Labeaume, espère qu’un nouveau statut juridique permettra à la capitale québécoise de s’affranchir de la méfiance des fonctionnaires du gouvernement qui entrave les projets municipaux.

M. Labeaume a spontanément revendiqué mercredi des pouvoirs supplémentaires en matière d’aménagement du territoire de sa municipalité, mais aussi en matière environnementale. Lors d’un point de presse, le maire a expliqué qu’il ne veut pas percevoir de taxes supplémentaires mais récupérer les budgets des pouvoirs qui pourraient éventuellement être transférés.

«La pire inefficacité c’est dans l’aménagement du territoire et l’urbanisme, a-t-il dit. (…) La mentalité du ministère, c’est: ‘on protège les pauvres citoyens et la démocratie municipale contre les mauvais politiciens municipaux’, c’est ça la mentalité au ministère. ‘Une chance qu’on est là comme fonctionnaires pour protéger la population contre les méchants élus municipaux.’ Ils s’arrogent des pouvoirs pour protéger le monde contre nous autres­. On appelle ça: self eating monster. La bureaucratie s’arroge des pouvoirs et se donne comme raison de protéger le citoyen contre le méchant élu.»

Le maire a esquissé ses intentions en compagnie du ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, qui a annoncé mercredi la création d’une table conjointe entre le gouvernement et la municipalité afin de doter la capitale d’un statut particulier.

Les deux élus se sont rencontrés à l’hôtel de ville de Québec mercredi matin. M. Moreau avait d’abord annoncé mardi la mise en place d’une table semblable avec des représentants municipaux de Montréal, qui revendiquent aussi des pouvoirs accrus.

Le nouveau ministre a expliqué que cette façon de procéder séparément avec chacune des villes pour leur octroyer des pouvoirs accrus n’était pas une stratégie «machiavélique».

«L’idée de voir de façon spécifique le maire de Montréal et de façon, en tête-à-tête, le maire de Québec, c’est pas une idée de diviser les gens, a-t-il dit. C’est au contraire une idée d’aller de façon très précise au coeur du sujet. Le statut de capitale est différent du statut de métropole, ça demande une réflexion particulière et je sais que ni l’un ni l’autre des maires n’a les mêmes objectifs et visées quant à ce statut particulier.»

M. Moreau a répété qu’il envisage un échéancier d’environ deux ans avant de parvenir à une entente qui satisferait les municipalités.

En campagne électorale, le premier ministre Philippe Couillard s’était engagé à doter les villes de Montréal et Québec de nouveaux pouvoirs.

M. Labeaume s’est plaint mercredi de chevauchements de compétences entre les municipalités et le gouvernement québécois, qui peuvent par exemple retarder la construction d’immeubles.

«Ça veut dire qu’on perd de l’argent, a-t-il dit. Si à cause de cette inefficacité, un immeuble prend six à 12 mois additionnels à se bâtir, ça veut dire que le propriétaire a perdu six à 12 mois de revenus, la ville a perdu six à 12 mois de taxation.»

M. Labeaume croit aussi que les élus municipaux sont mieux informés des problèmes de pauvreté que les fonctionnaires québécois. Il s’est plaint aussi du fait qu’une municipalité ne peut changer les limites de vitesse dans les rues sans l’autorisation du ministère des Transports.

Le thème des pouvoirs en matière de préservation du patrimoine dans le Vieux-Québec, source de friction entre M. Labeaume et le ministère de la Culture, sera aussi abordé.

«Les fonctionnaires sont sûrs que nous, à chaque matin, on se lève et qu’on veut détruire le patrimoine, ils sont convaincus de ça», a dit le maire.

M. Moreau a exprimé son ouverture à tous les sujets qui pourront lui être soumis au comité conjoint.

«On va le faire sur une base, non seulement de collaboration, mais de confiance aussi, a-t-il dit. Je vous annonce tout de suite qu’on ne sera pas toujours d’accord.»

Par ailleurs, M. Moreau a assuré qu’un projet de loi, qui doit permettre aux municipalités de s’entendre avec leurs employés sur les déficits des régimes de retraite, sera déposé à la reprise des travaux parlementaires le 20 mai.

Le ministre n’a cependant pas été en mesure de préciser quand son adoption sera possible, étant donné le dépôt prévu d’un budget qui monopolisera l’agenda parlementaire d’ici à l’ajournement estival.