L’armée annule une commande de blindés de 2 milliards $ faute d’argent

OTTAWA – Les Forces armées canadiennes ont décidé d’annuler une commande de véhicules blindés évaluée à 2 milliards $.

Le général Tom Lawson, chef d’état-major de la Défense, a annoncé vendredi l’annulation du processus d’acquisition de 108 véhicules de combat rapproché.

«Nous avons recommandé au gouvernement du Canada de ne pas donner suite au programme d’acquisitions de véhicules blindés, a-t-il affirmé.

«J’ai entièrement confiance en la capacité des Forces armées canadiennes à répondre à toute mission que pourrait lui assigner le gouvernement du Canada.»

La période de soumissions de trois fabricants de matériel militaire — Nexter, BAE Systems Inc. et General Dynamics Land Systems Inc. — venait à échéance lundi prochain, mais le ministère de la Défense nationale a décidé de ne pas choisir de gagnant.

Le programme d’acquisitions était en péril depuis plusieurs mois, après que l’armée eut indiqué qu’elle n’était pas certaine de pouvoir assumer les coûts de formation du personnel, de fonctionnement et d’entretien de ces véhicules en raison de contraintes budgétaires.

Les restrictions budgétaires ont réduit de 22 pour cent le financement de base des Forces armées.

Selon le commandant de l’armée, le lieutenant-général Marquis Hainse, les améliorations apportées aux blindés légers qu’utilisent actuellement les Forces canadiennes offriront le même niveau de sécurité aux soldats que l’auraient fait les véhicules de combat rapproché.

L’expérience afghane a toutefois démontré que ces blindés légers, bien qu’efficaces, étaient très vulnérables face aux bombes artisanales de plus en plus puissantes, une leçon que les groupes insurgés de partout à travers le monde ont bien apprise.

L’abandon d’une nouvelle commande militaire d’importance porte ombrage au gouvernement conservateur de Stephen Harper, qui peine à respecter ses engagements après avoir fait de multiples promesses d’achat d’équipement pour les Forces armées.

En plus des blindés, le ministère de la Défense nationale et celui des Travaux publics avaient annulé, à l’été 2012, un programme d’acquisition de 1500 camions pour les Forces armées, avant de relancer ce même programme.

Par ailleurs, l’Association des industries canadiennes de défense et de sécurité a appelé, dans la foulée de l’annonce de vendredi, à une révision du processus d’acquisition du gouvernement fédéral.

«Cela doit être une journée difficile pour les entreprises directement affectées par cette annonce», a noté dans un communiqué le président de l’organisation, Tim Page.

«Elles ont dépensé d’importantes sommes d’argent pour assurer un bon positionnement de leur produit et remporter une course répondant à un besoin établi qui ne s’avère plus nécessaire. La situation actuelle démontre clairement le besoin urgent de considérer une stratégie de défense renouvelée et abordable, une réflexion à laquelle s’était engagé le gouvernement fédéral dans le discours du Trône.»

Le lieutenant-général à la retraite Andrew Leslie, qui commandait les troupes canadiennes durant la quasi-totalité de la guerre en Afghanistan, affirme que les véhicules de combat rapproché représentaient un élément essentiel pour des militaires qui, en plus de guerres ouvertes, doivent aussi affronter des insurrections marquées par l’utilisation de bombes artisanales.

Le général Leslie estime que cette décision signifie que les militaires canadiens seront sous-équipés lorsqu’ils se retrouveront en situation de conflit.

Le véhicule de combat rapproché que le gouvernement souhaitait acquérir est un appareil de 36 tonnes pouvant à la fois transporter des troupes et combattre comme un char d’assaut.

«Cette décision — et d’autres prises précédemment — expose la vie des membres du personnel militaire à un risque non nécessaire», a déploré M. Leslie, qui représentera les libéraux dans une circonscription en banlieue d’Ottawa aux prochaines élections fédérales.

Il dit également ne pas croire aux arguments financiers du ministère de la Défense, qui soutient ne plus être en mesure de payer pour ce programme malgré un budget annuel d’environ 1 milliard $ par année.

Selon lui, il est consternant de constater que ni le ministre de Défense, Rob Nicholson, ni son homologue des Travaux publics, Diane Finley, ne soient montés au front pour défendre une décision somme toute politique.

«Cela n’a aucun sens. Ce programme était approuvé par le gouvernement, et l’ancien ministre de la Défense Peter McKay et le premier ministre avaient donné leur appui personnel. C’est à eux de s’expliquer, pas aux membres des Forces canadiennes. Où sont-ils aujourd’hui? Je ne les vois nulle part», a-t-il lancé.