La CAQ veut rouvrir la Constitution et veut un référendum

SCOTT, Qc – Après avoir clamé pendant des années que les Québécois ne voulaient pas parler de Constitution ou de référendum, François Legault veut maintenant rouvrir la Constitution, mais en évitant soigneusement le mot Constitution: un gouvernement caquiste proposerait une nouvelle «entente» au Canada, qui serait soumise à un référendum.

La Coalition avenir Québec (CAQ) s’est jetée dans la mêlée sur la question nationale mercredi, après avoir été forcée de se positionner par ses adversaires péquistes et libéraux qui s’affrontent sur le thème de l’indépendance.

À son origine, la CAQ proposait une trêve constitutionnelle de 10 ans, mais le parti a déposé une première liste de revendications aux partis fédéraux en campagne électorale: un «Québec fort à l’intérieur du Canada», ont répété les élus caquistes, qui réclament notamment les pleins pouvoirs en matière de langue et d’immigration, ainsi qu’un rapport d’impôt unique et la juste part du financement fédéral en santé.

La CAQ demande aussi la limitation du pouvoir fédéral de dépenser et l’attribution au Québec des pouvoirs en matière d’évaluation environnementale pour les projets situés sur le territoire québécois.

Et ce n’est qu’un début, a laissé entendre François Legault, qui réclame au minimum une entente similaire à l’accord du Lac Meech, qui a avorté en 1990.

Le défunt accord prévoyait la reconnaissance du Québec comme «société distincte»; l’élargissement du droit de veto des provinces sur les modifications constitutionnelles; l’élargissement des compétences des provinces en matière d’immigration; le droit de retrait des programmes du gouvernement fédéral avec pleine compensation financière; l’obligation pour le fédéral de consulter les provinces sur les nominations au Sénat et à la Cour suprême.

La CAQ amorce des consultations pour en arriver à une position constitutionnelle complète au prochain conseil général du parti les 7 et 8 novembre, a expliqué M. Legault au terme du caucus présessionnel de ses députés à Scott, en Beauce.

«(Ce sera) une proposition complète qui va redonner un nouvel élan au nationalisme québécois, a-t-il déclaré en conférence de presse. L’automne qui vient va être un tournant dans le renouveau du nationalisme au Québec.»

Quand des journalistes ont demandé à M. Legault s’il souhaitait que le Québec réintègre donc le giron constitutionnel de 1982, il a répondu qu’il «souhaite une nouvelle entente pour modifier l’entente de 1982».

«Je préfère parler d’une nouvelle entente», a-t-il répété, quand on lui a demandé de clarifier sa pensée, s’il s’agissait d’une nouvelle Constitution, puisque ses revendications requièrent des rondes de négociations constitutionnelles.

M. Legault s’est engagé à soumettre une éventuelle entente obtenue par un gouvernement caquiste à un référendum.

Plus tôt mercredi, le chef caquiste avait indiqué que son parti ne pouvait plus se cantonner dans le flou constitutionnel, depuis l’arrivée de Pierre Karl Péladeau à la tête du Parti québécois, qui fait peur à certains électeurs.

Et selon lui, il y a une place à occuper par la CAQ entre les deux «extrêmes», le statu quo de Philippe Couillard et l’indépendance de Pierre Karl Péladeau.

«Il y a une tendance lourde, les plaques tectoniques sont en train de changer», a-t-il dit, en pressentant une désaffection croissante de l’électorat envers l’option souverainiste.

Il estime aussi que les Québécois, qui étaient pourtant «tannés» du débat constitutionnel, pourront développer leur appétit pour ces questions si on leur en parle.

«Je suis optimiste et c’est possible d’avoir une nouvelle entente avec le reste du Canada», a-t-il poursuivi.

Quant à savoir pourquoi lui réussirait où tant de leaders fédéralistes du Québec ont échoué au cours des 50 dernières années, dans leurs projets de réforme constitutionnelle, M. Legault a énuméré les raisons qui font que le contexte a changé, selon lui.

«Il y a eu un premier et un deuxième référendum perdus, ce qui ne nous a pas aidés, a-t-il expliqué. C’est plus difficile de négocier avec Ottawa quand on vient de se faire dire non sur un projet. (…) On n’est pas dans une guerre où il y a une menace souverainiste. Ce qu’on veut c’est un Canada qui fonctionne, un Québec plus fort. Il y a un parti de bonne foi qui est prêt à changer les choses.»

M. Legault a dit être prêt à faire «ce combat» tout en reprochant au premier ministre Philippe Couillard de renoncer à le faire.

«J’ai été consterné par les demandes de Philippe Couillard au gouvernement fédéral, des demandes timides, éparpillées comme si M. Couillard ne voulait pas déranger Ottawa, comme s’il s’excusait, comme s’il ne voulait pas traiter d’égal à égal avec Ottawa», a-t-il dit.

Pour sa part, M. Péladeau n’a pas mis de temps à réagir. Il a prédit que la CAQ se buterait à une fin de non-recevoir.

«Il (M. Legault) va rapidement rencontrer les limitations et le périmètre du régime fédéral», a dit le chef péquiste dans un point de presse à Baie-Comeau.

Selon M. Péladeau, il n’y a pas de solution, car les tentatives de modifications constitutionnelles ont fini par des échecs.

«Aucune modification constitutionnelle n’est envisageable au Québec», a-t-il déclaré.

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