Le BAPE dit qu’il est contre-indiqué de donner le feu vert aux mines d’uranium

MONTRÉAL – Le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) tranche qu’il serait contre-indiqué de donner le feu vert à l’exploitation d’uranium sur le territoire du Québec dans le contexte actuel, écrit-il dans son rapport dévoilé par le gouvernement vendredi après-midi.

Selon le BAPE, trop d’incertitudes persistent et trop de questions demeurent sans réponse en ce qui a trait aux risques pour la santé des personnes et pour la vitalité des écosystèmes.

«Ces incertitudes sont exacerbées par la radioactivité des résidus uranifères, qui peut demeurer problématique durant des milliers d’années», écrit l’organisme dans son rapport daté de mai 2015 et intitulé «Les enjeux de la filière uranifère au Québec».

Il note par ailleurs que l’acceptabilité sociale n’est pas au rendez-vous en ce qui concerne l’uranium.

«En raison des incertitudes, des lacunes et des limitations parfois importantes dans la connaissance scientifique et technologique, le dossier est loin de susciter un consensus social et politique, ce qui se traduit au Québec par une très faible acceptabilité», peut-on lire dans le rapport de plus de 600 pages.

Et dans les territoires où se trouvent les mines potentielles, «le rejet de la filière uranifère est quasi unanime».

La ville de Sept-Îles, située à proximité d’un projet minier d’uranium, a notamment été le théâtre de nombreuses manifestations au cours des dernières années. En 2009, une vingtaine de médecins du Centre hospitalier de Sept-Îles ont même remis leur démission pour protester contre la réalisation d’un projet de mine uranifère sur la Côte-Nord.

Au sujet de la santé des Québécois, l’organisme relève que l’Institut national de santé publique du Québec précise que la présence d’une mine d’uranium pourrait engendrer une exposition supplémentaire à la radiation chez les populations vivant à proximité.

Le ministre de l’Environnement du Québec avait demandé au BAPE de se pencher sur cette filière minière en mars 2014. Les mines d’uranium se distinguent des autres parce qu’elles émettent des radiations.

Le BAPE lui répond que s’il décide d’ouvrir la porte à l’exploitation de l’uranium sur son territoire, il devrait satisfaire trois exigences: s’assurer de l’acceptabilité sociale, combler les lacunes dans les connaissances scientifiques et se doter d’un solide cadre légal.

Il tranche ensuite que de «telles exigences ne peuvent être assumées de façon réaliste avant plusieurs années», d’où son refus de donner le feu vert à cette exploitation minière.

Dans la province, aucune mine d’uranium n’a encore été exploitée et ses réserves sont marginales. Les ressources du Québec se situent principalement sur les territoires de la Baie-James et de la Côte-Nord.

Aucune exploration n’a eu lieu depuis 2013. Cette année-là, le gouvernement québécois avait décidé qu’il n’émettrait aucune autorisation tant que le BAPE n’aurait pas évalué les impacts de la filière.

Le Canada occupe le deuxième rang des pays producteurs d’uranium — derrière le Kazakhstan — et ses principales réserves se trouvent en Saskatchewan.

Le gouvernement du Québec a indiqué vendredi qu’il allait mettre sur pied un comité interministériel pour analyser en profondeur les conclusions du rapport.

«Nous constatons que le développement de projets d’exploration et d’exploitation d’uranium suscite des inquiétudes et nous nous engageons à prendre des décisions éclairées qui tiennent compte des répercussions que ce type d’activité peut avoir sur l’environnement, l’économie et le milieu social des communautés locales et autochtones. Au Québec, la mise en valeur de nos ressources doit se faire de façon responsable, jamais au détriment de la sécurité de la population et de la qualité de nos milieux de vie», a affirmé dans un communiqué le ministre de l’Environnement David Heurtel.

L’Association minière du Québec (AMQ) juge sage la décision du ministre Heurtel de bien analyser le rapport avant de statuer et de ne pas rejeter d’emblée cette filière minière.

Car tout n’y est pas noir, juge-t-elle.

«L’expérience saskatchewanaise démontre qu’il est possible de bien exploiter une mine d’uranium, en adhérant aux meilleures pratiques reconnues à travers le monde, et d’en retirer des bénéfices fort importants pour le développement socio-économique du Québec, et ce, dans le respect des gens et de l’environnement», a écrit dans un communiqué Josée Méthot, présidente-directrice générale de l’AMQ.

La Nation crie, tout comme la Coalition pour que le Québec ait meilleure mine se réjouit de la conclusion du rapport du BAPE à l’effet que les risques et les incertitudes reliés à l’exploitation des mines d’uranium sont encore trop nombreux pour autoriser leur exploitation. La Coalition est du même avis que le BAPE qui n’est pas satisfait des méthodes et des technologies actuelles pour contrôler sécuritairement les résidus uranifères.

Le BAPE a pour mission d’éclairer la prise de décision gouvernementale. Pour l’uranium, des dizaines de séances publiques ont eu lieu et 254 mémoires ont été déposés.

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