Le Bloc québécois dénonce le sort réservé à des réfugiés haïtiens et zimbabwéens

MONTRÉAL – Le Bloc québécois demande à Ottawa de permettre à quelque 3500 réfugiés d’Haïti et du Zimbabwe de rester au Québec malgré la levée de la suspension temporaire des renvois vers ces pays annoncée par le gouvernement Harper il y a quelques mois.

En décembre, les conservateurs ont annoncé qu’ils mettaient fin à cette mesure temporaire qui empêchait les renvois de ces ressortissants vers Haïti et le Zimbabwe — des pays jugés «risqués» pour la population civile. Cette mesure avait été adoptée en 2004 pour Haïti et en 2002 pour le Zimbabwe, selon le Conseil canadien pour les réfugiés.

Les ministres de l’Immigration et de la Sécurité publique, Chris Alexander et Steven Blaney, ont toutefois assuré que la situation de ces pays s’était améliorée et qu’ils ne présentaient «plus de risque».

Or, selon le président du Bloc québécois Mario Beaulieu, il serait «inacceptable» et «inhumain» d’expulser ces réfugiés qui sont établis au Québec depuis plusieurs années.

En entrevue téléphonique avec La Presse Canadienne, M. Beaulieu a expliqué que ces personnes étaient déjà bien intégrées dans la société québécoise, ajoutant que certaines d’entre elles ont eu des enfants pendant leur séjour au Québec.

Le Bloc québécois a indiqué que le gouvernement du Québec avait délivré des certificats de sélection à ces réfugiés, mais quelques-uns ont reçu malgré tout des avis de refus, ce qui pourrait les exposer à une déportation prochainement.

«C’est vraiment urgent qu’il y ait une mesure de prise (…) Ce serait simplement une mesure humanitaire. C’est inacceptable pour nous que le Québec n’ait pas son mot à dire», a déploré M. Beaulieu.

D’ailleurs, selon lui, le contexte dans ces pays est encore critique, surtout en Haïti, où il rappelle que la moitié de la population est encore en difficulté alimentaire.

«On dit aux touristes canadiens qui vont en Haïti de faire attention et puis là, on va renvoyer ces gens-là en Haïti, sans ressources. Souvent, il n’ont plus rien là-bas», a-t-il soutenu.

Le ministre de l’Immigration Chris Alexander ne pouvait accorder d’entrevue jeudi après-midi, mais son attaché de presse Kevin Menard a rappelé que les ressortissants avaient pu bénéficier d’un sursis de six mois pour faire une demande d’immigration.

«Depuis plus d’une décennie, des milliers d’Haïtiens ont été autorisés à rester au Canada en raison des conditions non sécuritaires en Haïti. Entre février 2004 et le 1er décembre 2014, la suspension temporaire des renvois a été prolongée plus d’une quinzaine de fois (…) Le ministre Alexander a rencontré la communauté haïtienne à Montréal à trois reprises et a accordé une dizaine d’entrevues pour s’assurer que les ressortissants étaient bien conscients du délai du 1er juin. De plus, notre ministère a envoyé près de 4700 lettres de rappel aux personnes touchées», a-t-il écrit dans un courriel.

Le gouvernement du Québec avait réclamé en mai que l’échéance du 1er juin soit prolongée de trois mois. Le ministre Alexander avait déclaré à la Chambre des communes que les Haïtiens auraient effectivement «la possibilité de faire une demande de résidence permanente pour des motifs d’ordre humanitaire jusqu’au 31 mai».