Le Canada est invité à militer contre les viols commis par des casques bleus

OTTAWA – Alors que les libéraux de Justin Trudeau mettent de plus en plus l’accent sur un rôle de maintien de la paix pour les militaires, le Canada est invité à exercer son leadership dans la lutte aux agressions sexuelles commises par des casques bleus dans le monde.

Stephen Lewis, ancien ambassadeur du Canada aux Nations unies, copréside aujourd’hui une coalition internationale qui souhaite que le contrôle des missions de maintien de la paix soit confié à un organisme indépendant de l’ONU, à l’image d’un syndic en matière de faillite.

M. Lewis et d’autres observateurs accusent les dirigeants de l’ONU de fermer les yeux sur une culture systémique d’agressions sexuelles commises par des casques bleus. La coalition réclame une réforme depuis le scandale qui a éclaté l’an dernier en République centrafricaine.

Selon ces allégations, des casques bleus français auraient agressé sexuellement des garçons — certains âgés d’à peine neuf ans.

Une autre Canadienne, la juge à la retraite de la Cour suprême Marie Deschamps, a coécrit, dans un rapport publié le mois dernier, que l’ONU avait fait preuve d’une «défaillance institutionnelle grave» dans sa gestion des allégations d’agressions sexuelles.

Le rapport avait été commandé l’an dernier par le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, à la suite des inquiétudes soulevées par la coalition sur le scandale de Centrafrique.

Selon M. Lewis, le gouvernement canadien serait bien placé pour mener l’initiative diplomatique puisqu’il a décidé d’opter pour un rôle accru dans les missions de maintien de la paix, mais aussi de reconstruire les ponts avec les Nations unies.

Après tout, soutient M. Lewis, le Canada a déjà joué un rôle déterminant, en coulisses, pour amener M. Ban à demander à l’ex-juge Deschamps et son comité d’enquêter sur les allégations.

La coalition réclame de l’ONU qu’elle lève l’immunité qui protège les diplomates, car plusieurs employés civils de l’organisation auraient été au courant des crimes commis par les casques bleus, mais n’auraient rien fait pour mettre fin aux cycles d’agressions.

Paula Donovan, féministe américaine qui copréside la coalition avec M. Lewis, croit que ce grand ménage présente un intérêt manifeste pour le Canada, «qui a pratiquement inventé les casques bleus, une initiative dont les Canadiens sont très fiers».

C’est l’ex-ministre canadien des «Affaires extérieures» Lester Pearson, avec l’appui du président américain Dwight Eisenhower, qui avait proposé la première mission de maintien de la paix, en 1956, pour dénouer la crise de Suez. Son initiative lui a valu le prix Nobel de la paix l’année suivante.

Depuis une vingtaine d’années, toutefois, la contribution canadienne aux missions des casques bleus se résume à quelques dizaines de militaires, mais le Canada est l’un des 10 plus importants bailleurs de fonds de ces missions. M. Trudeau a cependant indiqué qu’il souhaitait impliquer à l’avenir davantage de militaires canadiens aux missions de maintien de la paix.

Depuis le retrait partiel du Canada, à la fin des années 1990, ce sont des pays émergents, comme le Bangladesh, l’Inde et le Pakistan, qui ont pris la relève sur le terrain.

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