Le Collège de Rosemont met fin au contrat de location avec Adil Charkaoui

MONTRÉAL – Le Collège de Rosemont coupe les ponts avec Adil Charkaoui et met fin aux activités tenues dans son établissement par le Centre communautaire islamique de l’Est de Montréal (CCIEM).

La direction du collège situé à Montréal a fait part de sa décision jeudi par communiqué.

Le CCIEM, dirigé par Adil Charkaoui, y louait un local sportif pour des activités de karaté et de kickboxing depuis au moins trois ans.

Le collège avait suspendu temporairement les activités du centre en février et avait poursuivi ses vérifications.

Il disait alors avoir trouvé sur le site Internet du CCIEM un lien dirigeant les internautes vers un site donnant accès à du matériel radical et violent et aussi vers une vidéo pouvant être considérée comme dénigrante ou menaçante envers un autre groupe religieux. Ces publications sont considérées par le collège comme étant contraires à son Règlement sur les conditions de vie et d’études.

Dans son communiqué, le collège dit avoir discuté avec son locataire et que celui-ci a supprimé les liens Internet en question.

En entrevue, le directeur général du Collège de Rosemont, Stéphane Godbout, dit que le CCIEM était prêt à prendre l’engagement de respecter les dispositions du Règlement sur les conditions de vie et d’études lorsqu’il était au collège, mais pas à l’extérieur de ses murs, car cela aurait brimé indûment sa liberté d’expression.

Mais pour le Collège, un engagement clair était nécessaire. Les publications sur Internet sont forcément faites à l’extérieur des murs de l’institution d’enseignement, a fait valoir M. Godbout.

«Par exemple, si quelqu’un tient des propos violents à l’extérieur du collège, je ne peux pas après faire semblant de ne pas les avoir entendus et lui permettre de venir tenir des activités chez nous», a-t-il dit en entrevue.

La matériel radical et violent, «le Collège de Rosemont ne peut être associé à cela ni de près ni de loin», a précisé M. Godbout.

«On a la responsabilité d’assurer un climat éducatif adéquat», a-t-il ajouté.

Adil Charkaoui a dénoncé jeudi la décision du collège dans un communiqué affiché sur sa page personnelle Facebook, la qualifiant de «non fondée, diffamatoire et discriminatoire».

Selon lui, le collège cherchait des prétextes pour mettre fin au contrat.

Si le CCIEC était prêt à respecter le règlement du collège dans son enceinte, il refusait que ce soit le cas à l’extérieur.

«Le Collège de Rosemont a voulu imposer de nouvelles conditions excessives et liberticides qui contreviennent manifestement aux chartes canadiennes et québécoises des droits et libertés», est-il écrit dans le communiqué d’Adil Charkaoui.

Le club de karaté et de kickboxing se réserve le droit de saisir les tribunaux «pour tous les préjudices et pertes qu’il a encourus jusqu’à date», est-il indiqué en guise de conclusion.

Personne ne répond au téléphone au CCIEM et une demande d’entrevue transmise par courriel est restée lettre morte.

Mercredi, deux étudiants d’un autre cégep, soit le Collège de Maisonneuve, également situé à Montréal, ont été arrêtés de façon préventive par la GRC qui craint qu’ils ne commettent une infraction liée au terrorisme. Ils demeurent détenus dans l’immédiat. La GRC n’a pas rendu public ce qu’elle leur reproche.

Le Collège de Maisonneuve avait aussi suspendu temporairement en février sa location de locaux au CCIEM, puis, il avait permis la reprise des cours avec des observateurs présents dans les salles de classe.

Jeudi matin, le Collège de Maisonneuve a confirmé qu’il n’était pas question pour le moment de mettre fin au contrat.

La directrice des affaires corporatives et des communications du cégep, Brigitte Desjardins, dit n’avoir aucune information à l’effet que les deux jeunes arrêtés mercredi auraient fréquenté les cours du CCIEM, offerts par l’entremise de l’École de compagnons. Ces cours sont d’ailleurs donnés à de jeunes enfants, rapporte Mme Desjardins, pas à des étudiants de niveau collégial.

Quant aux deux étudiants arrêtés, ils fréquentaient le Collège de Maisonneuve depuis l’automne et aucun problème à leur sujet n’était connu.

Après la suspension temporaire des baux en février, Adil Charkaoui avait menacé de poursuivre les deux collèges pour «dommages et pertes subies».

Cette suspension des contrats de location était survenue dans la foulée des révélations faisant état de six jeunes de 18 et 19 ans qui se seraient envolés à la mi-janvier vers la Turquie, connue comme le point de passage vers les zones de combat en Syrie. Trois de ces jeunes avaient fréquenté l’automne dernier le Collège de Maisonneuve, ce qui a incité l’établissement à faire des vérifications et lui a permis de découvrir que l’un d’entre eux était aussi inscrit à l’École des compagnons. Le Collège de Rosemont avait de son côté aussi procédé à des vérifications, bien qu’aucun de ses étudiants n’avait été identifié comme étant du groupe parti pour la Turquie.

Si le Collège de Rosemont est poursuivi, M. Godbout se dit confiant que sa décision est bien fondée et repose sur des «bases solides».