Le Commissariat à la protection de la vie privée n’est pas rassuré par Bell

Le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada n’est pas tout à fait rassuré par l’engagement officieux de Bell d’obtenir dorénavant le consentement explicite de ses clients avant de dresser leur profil d’utilisation du téléphone cellulaire.

L’agence fédérale a rencontré mercredi la direction du géant des télécommunications, qui avait accepté la veille d’obtenir dorénavant le consentement de ses clients avant de colliger des informations à leur sujet, afin de créer des «profils» vendus ensuite aux annonceurs. Bell se contentait jusqu’ici d’offrir une «option de retrait» aux consommateurs soucieux de protéger leur vie privée.

Or, Bell Canada (TSX:BCE) n’a jamais publié un communiqué officiel pour annoncer qu’elle se soumettra aux recommandations du commissaire fédéral — elle a simplement répondu par courriel aux questions de certains médias, dont La Presse Canadienne.

La porte-parole du commissariat, Tobi Cohen, a d’ailleurs indiqué mercredi que les discussions se poursuivent toujours avec Bell, et que l’agence conserve dans sa manche la carte d’une poursuite en Cour fédérale si les choses ne s’arrangent pas à sa convenance.

De toute façon, l’«initiative publicitaire ciblée» de Bell fait déjà l’objet d’une plainte déposée par des organismes de défense des consommateurs devant le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC).

Le Centre pour la défense de l’intérêt public soutient devant le CRTC que cette pratique commerciale constitue une «violation de la vie privée» des clients, et que Bell outrepasse son rôle de fournisseur de services de télécommunications. Selon le directeur du Centre, John Lawford, les lois sur les télécommunications interdisent à Bell d’utiliser les renseignements personnels de ses clients afin de mener des activités lucratives.

Informé de l’ouverture toute nouvelle dont fait preuve l’entreprise montréalaise, M. Lawford est demeuré sceptique. «Moi aussi, je doute de la sincérité de Bell dans ce revirement soudain. Je suis bien content de leur ouverture, mais ce n’est pas fini», a-t-il estimé.

Bell ne retrace pour l’instant que les sites web consultés par ses clients par l’entremise de leur téléphone cellulaire, mais aimerait bien étendre cette pratique à la télévision et au web par fibre optique.

Dans son rapport déposé mardi, le commissaire à la protection de la vie privée, Daniel Therrien, souligne d’ailleurs que «Bell est (actuellement) en mesure de retracer tous les sites Web que ses clients visitent, de même que toutes les applications qu’ils utilisent, toutes les émissions de télévision qu’ils regardent et tous les appels qu’ils effectuent à partir de son réseau.

«Lorsque ces renseignements sont combinés aux renseignements démographiques et du compte que l’entreprise compile depuis longtemps (âge, sexe, revenu moyen par utilisateur, langue de préférence et code postal), il en découle un riche profil multidimensionnel que la plupart des gens considéreraient probablement comme hautement sensible», note M. Therrien.