Le discours du Trône manque de substance, jugent les partis d’opposition

OTTAWA – Conservateurs et néo-démocrates ont jugé bien «mince» le discours du Trône prononcé par le gouverneur général qui officialise les débuts du gouvernement de Justin Trudeau aux Communes.

La chef intérimaire du Parti conservateur, Rona Ambrose, a déploré qu’on n’y trouve que quelques lignes sur l’économie. En point de presse suivant l’allocution de David Johnston, vendredi, elle a indiqué qu’elle y voyait beaucoup de postes de dépenses, ce qui pourrait éventuellement mener à des hausses de taxes, selon elle.

«Nous n’avons pas vu de mention du secteur agricole, automobile, énergétique, a-t-elle signalé. En gros, il n’y a pas de mention du secteur privé, ce qui est très inquiétant lorsque vous pensez que nous avons besoin de création d’emplois dans ce pays.»

Son chef-adjoint Denis Lebel a renchéri en soutenant que le gouvernement libéral donnait beaucoup d’indications sur comment il entendait dépenser l’argent des contribuables, mais parlait peu des façons de garnir les coffres de l’État. Il s’est également désolé que le gouvernement Trudeau n’ait à aucun moment mentionné la menace terroriste et la lutte contre le groupe État islamique dans son document.

Il s’est aussi inquiété de la réforme du mode de scrutin que M. Trudeau souhaite proposer. Même si le premier ministre promet de «mener des consultations» sur le sujet, M. Lebel voudrait rien de moins qu’un référendum sur la question.

«Si on fait des changements démocratiques aussi importants que ce qui est amené, pour nous, la population devrait être consultée», a-t-il insisté.

Pour le chef néo-démocrate Thomas Mulcair, bien des choses sont manquantes dans ce discours. Il aurait aimé que soient abordés des thèmes comme l’abaissement de l’âge de la retraite de 67 à 65 ans, le retour de la livraison du courrier à domicile, une aide pour les services de garde et un engagement clair à retirer certaines dispositions de la loi C-51 sur le terrorisme.

Il a toutefois salué l’intention du gouvernement libéral de cesser d’utiliser l’argent du public pour des campagnes publicitaires partisanes, un engagement qu’il a qualifié de «courageux».

Baisse d’impôts

Quant aux baisses d’impôt que les libéraux entendent consentir à la classe moyenne, M. Mulcair a signalé qu’elles «laissaient pour compte» les moins nantis.

Les libéraux ont promis de faire passer le taux d’imposition des contribuables gagnant entre 44 701 $ et 89 401 $ de 22 à 20,5 pour cent. Ils veulent aussi créer une nouvelle tranche d’imposition de 33 pour cent pour ceux dont le salaire annuel dépasse les 200 000 $.

M. Mulcair a rappelé que sa formation avait proposé une modification de ce plan, qui serait financée par une faible hausse du taux d’imposition des grandes compagnies.

Dès la semaine prochaine, les libéraux déposeront une motion de voies et moyens précisant ces baisses d’impôt. S’ils n’écoutent pas les doléances des néo-démocrates, les troupes de M. Mulcair pourraient voter contre.

«Si la semaine prochaine, ça se concrétise, ne soyez pas surpris qu’on ne soit pas en faveur», a rétorqué M. Mulcair.

Le chef intérimaire du Bloc québécois, Rhéal Fortin, s’est de son côté déclaré d’accord sur le principe avec l’ensemble des mesures prononcées par M. Johnston.

«Il manque les précisions, la viande qui va arriver autour de l’os on imagine dans les semaines qui viennent, les mois qui viennent, a-t-il noté. Pour l’instant, ce sont des principes généraux avec lesquels on est confortables.»