Le financement au coeur de la lutte contre les changements climatiques

BONN, Allemagne – Alors que les pays en voie de développement craignent de ne pas recevoir suffisamment de fonds pour lutter contre les changements climatiques, la question est de savoir qui va payer la facture.

Seulement cinq semaines avant la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques à Paris, les pays en voie de développement ont serré les rangs lors de discussions cette semaine à Bonn pour demander aux pays riches de conclure des engagements financiers fermes pour appuyer la lutte contre les changements climatiques.

La Conférence de Paris «sera jugée par ce qui se retrouve dans le noyau de l’entente sur le financement», a dit la présidente d’un comité de 134 pays en développement, la Sud-Africaine Nozipho Mxakato-Diseko.

Elle a ajouté que cet aspect «servirait d’indicateur de succès».

Dans un échange musclé avec les diplomates algérien et américain présidant les discussions sur les changements climatiques, Mme Mxakato-Diseko s’est plainte d’une version de l’entente qu’ils ont produite, la qualifiant d’à «sens unique» pour les pays développés. Elle a même fait une analogie avec l’apartheid.

Les délégués des pays développés se sont dits déçus de voir les discussions être dépeintes comme une guerre entre les riches et les pauvres sur les responsabilités en matière de changements climatiques.

«Nous nous opposons vivement à ce genre de séparation, a dit le délégué des Pays-Bas, Michel Rentenaar, à l’Associated Press. S’il y a une division, c’est peut-être entre ceux qui veulent un accord ambitieux et ceux qui n’en veulent pas.»

Les négociations à pas de tortue à Bonn ont fait contraste avec celles à l’extérieur du cadre des Nations unies. Les leaders du Groupe des sept puissances économiques (G7) ont appuyé des «coupes importantes» en matière d’émissions de gaz à effet de serre. La Chine et les États-Unis, les deux pays les plus pollueurs, ont approfondi leur coopération sur les enjeux climatiques et le pape François a qualifié la lutte contre les changements climatiques d’impératif moral.

Cependant, les délégués ont admis qu’il n’était pas étonnant de voir les négociations se buter à des enjeux financiers — un problème qui revient régulièrement au sein des comités des Nations unies.

Les pays développés ont accepté d’augmenter leur financement en matière d’environnement à 100 milliards $ US par année d’ici 2020, mais ils hésitent à s’engager de manière ferme au-delà de 2020, partiellement en raison des incertitudes budgétaires. Ils souhaitent aussi ajouter des donateurs au groupe afin d’inclure la Chine et des économies émergentes.

Ces fonds seront utilisés de deux manières. D’abord, pour réduire les émissions de gaz à effet de serre en aidant les pays en développement à faire la transition des combustibles fossiles vers l’énergie éolienne et solaire et d’autres sources d’énergie renouvelable. Ensuite, pour aider les petits États insulaires menacés par les changements climatiques en construisant des barrières pour les protéger de la hausse du niveau des océans ou en développant des récoltes résistant à la sécheresse.

Les dépenses en matière de lutte contre les changements climatiques sont difficiles à comptabiliser parce qu’il n’y a pas de normes pour les calculer. Un rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a récemment conclu que les dépenses dans ce dossier avaient atteint les 62 milliards $ en 2014, un signe selon les pays développés qu’ils sont en voie de franchir les 100 millions $.

Mme Mxakato-Diseko a toutefois rejeté ces chiffres, les qualifiant de peu fiables «puisque nous ne savons pas quelle méthodologie a été utilisée, et donc leur véracité et leur crédibilité».

La signature d’un accord à Paris serait le premier à demander à tous les pays de lutter contre les émissions de gaz à effet de serre. L’accord précédent, le protocole de Kyoto en 1997, avait seulement créé des cibles pour les pays en développement.

Cette fois-ci, plus de 150 pays ont annoncé des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre au-delà de 2020, quand un accord de Paris entrerait en vigueur.

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