Québec conclut une entente de principe avec le front commun du secteur public

QUÉBEC – Ce qui paraissait impossible au départ s’est finalement produit: Québec a réussi jeudi à conclure une entente de principe avec les syndicats représentant les employés de l’État.

Au terme d’un marathon de négociations intensives entrepris mercredi à 17 heures, entre le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, et les chefs des cinq centrales syndicales impliquées, les deux parties ont annoncé jeudi en fin de journée avoir conclu un accord de principe devant toutefois être entériné par les diverses instances et fédérations des syndicats composant le front commun avant de devenir réalité.

Les parties, qui étaient à des années-lumière sur les offres et demandes salariales, de même que sur l’âge de la retraite, ont finalement réussi à surmonter leurs divergences profondes à la table centrale des négociations.

Le gouvernement a donc gagné son double pari, qui consistait à régler ce dossier épineux avant Noël et de conclure sans avoir l’odieux de devoir utiliser le moyen ultime d’une loi spéciale pour fixer les conditions de travail et la rémunération de ses employés.

Le mystère demeure total, cependant, sur le contenu de l’entente, les chefs syndicaux voulant d’abord informer leurs instances et consulter leurs membres en assemblée générale.

L’entente vise la grande majorité des employés de l’État, soit environ 400 000 des 550 000 membres syndiqués à l’emploi du gouvernement.

Au terme des négociations, M. Coiteux et la porte-parole du front commun, Louise Chabot, présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), ont tous deux fait une très brève déclaration aux médias, sans répondre à aucune question des journalistes. Ni l’un ni l’autre n’ont crié victoire.

«Le travail a été rigoureux et fructueux», a commenté Louise Chabot, en s’engageant à recommander «assez rapidement» aux différentes instances d’entériner l’entente. Le processus de consultation de la base devrait débuter dès vendredi. L’entente finale ne pourra pas être signée avant le début de 2016.

Entrepris il y a un an, le processus de négociation a évolué dans un contexte politique particulièrement difficile, alors que le gouvernement tenait absolument à éliminer rapidement son déficit et, pour y arriver, avait choisi de sabrer de toutes les manières possibles dans ses dépenses.

Le président du Conseil du Trésor a reconnu que ce contexte particulier avait été «difficile», mais que l’accord conclu jeudi respectait «le cadre budgétaire» fixé au départ par le gouvernement.

Au cours des derniers jours, les yeux fixés sur le calendrier, Québec avait lâché du lest et bonifié ses offres pour accélérer la cadence et espérer en arriver à un règlement avant le congé des fêtes.

L’an dernier, Québec avait braqué les syndicats en offrant à ses employés trois pour cent d’augmentation salariale en cinq ans. Les syndicats, criant au «mépris», réclamaient alors 13,5 pour cent d’augmentation en trois ans, persuadés qu’ils avaient droit à un rattrapage salarial. Le fossé semblait donc profond.

En incluant la relativité salariale et différentes bonifications, M. Coiteux évaluait mercredi la nouvelle offre du gouvernement à 7,5 pour cent d’augmentation salariale sur cinq ans, soit «un saut considérable» par rapport à l’offre initiale, selon lui.

Les syndicats insistaient depuis le début pour dire que cette négociation ne devait surtout pas entraîner l’appauvrissement des employés de l’État.

Québec voulait aussi revoir le régime de retraite des employés et faire passer l’âge de la retraite sans pénalité financière de 60 à 62 ans, une demande aussitôt rejetée par les syndicats.

Depuis le début de cette longue négociation, une quarantaine d’ententes de principe sont intervenues aux tables sectorielles avec différents syndicats, membres et non membres du front commun. À ces tables sont discutées les questions touchant l’organisation du travail, la précarité d’emploi et les tâches, par exemple.

Le front commun est constitué de la CSN, de la FTQ et du Secrétariat intersyndical des services publics, qui est lui-même constitué de la CSQ, de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) ainsi que du Syndicat de la fonction publique du Québec.

Même si la grande majorité des employés de l’État se retrouvent sous le parapluie du front commun, d’autres font bande à part, et non les moindres, qu’on pense à la FIQ, qui regroupe les infirmières, au Syndicat des professionnels du gouvernement (SPGQ) et à la très militante Fédération autonome de l’enseignement (FAE), présente surtout dans la région de Montréal.

Pour ces syndicats, il reste du travail à faire et les négociations se poursuivent. Les infirmières, par exemple, ont conclu une entente sectorielle avec Québec sur leurs conditions de travail, mais pas sur les salaires.

Le cadre salarial convenu jeudi à la table centrale ne s’appliquerait pas nécessairement, ou automatiquement, aux syndicats ne faisant pas partie du front commun.

Les conventions collectives du secteur public étaient échues depuis le 31 mars 2015.

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