Le marché noir des soins d’hygiène existerait depuis au moins 2011

QUÉBEC – Le marché noir des soins d’hygiène dans les établissements de santé du Québec existe depuis au moins 2011, a révélé la Coalition avenir Québec (CAQ), jeudi matin en Chambre, en brandissant une lettre à ce sujet.

Ce trafic de soins a d’abord été mis au jour, mercredi, par le parti. Une correspondance récente de la commissaire aux plaintes de l’Agence de la santé des Laurentides déplorait que des préposés se faisaient payer en argent, au vu et au su des directeurs d’établissement, par des patients qui voulaient avoir un deuxième bain. Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a formellement condamné cette pratique en transmettant des instructions aux gestionnaires.

Or, dans une autre correspondance adressée en 2011 au ministre libéral de la Santé de l’époque, Yves Bolduc, ainsi qu’au premier ministre Jean Charest, la Fédération des préposés aux bénéficiaires faisait état d’individus prestataires d’aide sociale qui offraient des bains ou d’autres services aux familles ou aux bénéficiaires, à des coûts variant entre 20 $ et 40 $, au noir.

«Ça fait plus de trois ans, trois ans, que cette situation est connue du gouvernement, pourquoi rien n’a été fait avant?» a demandé le porte-parole caquiste en santé, François Paradis, à la période de questions, tout en réclamant une enquête indépendante.

Le ministre Barrette ne s’est pas avancé à expliquer pourquoi la situation perdurait. Toutefois, il a fermé la porte à la tenue d’une enquête. «À partir du moment où on y met fin, je ne vois pas l’utilité d’avoir une enquête», a-t-il rétorqué.

Le ministre a répété que cette pratique était ««totalement inacceptable» et qu’il avait donné des instructions aux gestionnaires du réseau pour qu’elle cesse.

«Je la désapprouve, je ne peux être plus clair, et j’ai aujourd’hui ordonné aux dirigeants du réseau d’arrêter cette pratique», a-t-il déclaré en point de presse plus tôt en matinée, en précisant du même souffle que le problème était de plus grande ampleur qu’il ne le soupçonnait, dans plusieurs régions.

M. Barrette a soulevé le problème de conflit d’intérêts, quand un préposé aux bénéficiaires qui soigne des personnes au quotidien propose à ces mêmes personnes des services payants supplémentaires.

Par ailleurs, sur le plan des sanctions, le ministre a précisé que l’employeur ne pouvait sanctionner les préposés, puisque les résidants en CHSLD ont le droit de recourir à des services externes. Toutefois, les préposés pourraient être punis par les autorités pour avoir effectué du travail au noir.

Il a refusé de s’aventurer sur d’éventuelles sanctions aux gestionnaires.

M. Barrette a par ailleurs assuré que les bénéficiaires dans les établissements du réseau de la santé reçoivent des soins d’hygiène «adéquats». Il a souligné que le bain «symbolique» n’est pas la seule façon d’assurer l’hygiène des bénéficiaires, qui peuvent être lavés de différentes façons, en autant que les soins «de base» sont donnés. Et dans sa directive, il a affirmé qu’il a ordonné aux dirigeants «qu’il n’y ait pas de faille» en ce qui a trait aux soins requis.

«L’enjeu, ce n’est pas le bain hebdomadaire, c’est l’hygiène, l’hygiène à tous les jours, a dit le ministre. Avez-vous rapporté récemment dans vos médias des situations où l’hygiène était un problème?»

L’Association québécoise des retraités des secteurs public et parapublic (AQRP) a réagi par communiqué. Elle fait était d’une vérification faite dans près d’une centaine de centres de santé et de services sociaux en mai 2013. Dans 23 cas, il n’existait aucune norme ou document concernant le nombre de bains par semaine, peut-on lire dans un communiqué, tandis que dans 37 cas, on mentionne la pratique d’un bain par semaine.

«Ces révélations illustrent tristement des problématiques criantes dans les centres d’hébergement pour aînés: le manque de ressources et de directives claires concernant certains soins d’hygiène des plus élémentaires», déplore l’AQRP.

Laisser un commentaire