Réviser la santé pour réduire les dépenses est inévitable, selon Raymond Bachand

MONTRÉAL – Le Québec est capable de préserver l’essentiel de son modèle social, à condition d’atteindre l’équilibre budgétaire le plus rapidement possible et de réformer en profondeur la gestion du système de santé, estime une étude de l’Institut du Québec, présidé par l’ex-ministre libéral des Finances Raymond Bachand

Dévoilée lundi — à un peu plus d’une semaine du dépôt du prochain budget le 4 juin —, l’étude intitulée «Choc et démographie et finances publiques: pour un contrat social durable» prévient que le déficit structurel pourrait se creuser de manière «insoutenable» d’ici 2035 en raison du vieillissement de la population.

C’est pourquoi, selon M. Bachand, il est impératif de freiner la croissance des dépenses en santé du Québec, qui, selon le Conference Board du Canada, ont en moyenne grimpé annuellement de 5,2 pour cent depuis 10 ans.

«À 4,2 pour cent (de croissance) ça fonctionne, explique-t-il en entrevue. Si on continue à faire les choses comme il y a 20 ans (…) on s’en va dans un problème majeur qui va saccager le reste des programmes qu’on s’offre au Québec.»

Selon l’ancien ministre des Finances, le statut quo en ce qui a trait aux dépenses du système de santé pourrait diriger la province vers un déficit annuel d’une trentaine de milliards de dollars d’ici 2035.

M. Bachand reconnaît néanmoins que l’exercice risque de bousculer les pratiques actuelles.

«La difficulté sera double et consistera à effectuer des réformes importantes dans la culture et les façons de faire — de manière à réduire la croissance des dépenses — alors même qu’on améliore l’accessibilité et la qualité des soins», souligne l’étude, la première publiée par l’Institut.

Malgré tout, l’ex-ministre libéral croit que le Québec peut s’inspirer de pays européens comme la Finlande ainsi que la Suède, qui ont été en mesure d’ajuster l’augmentation des dépenses dans le secteur de la santé.

«Entre le ministre des Finances qui signe les chèques et une infirmière qui donne une piqûre, il y a toute une logistique, qui doit être en partie repensée», dit-il.

Selon l’étude, le Québec offre près de 11 milliards $ de services de plus que la moyenne canadienne, une situation qui risque de changer si la croissance annuelle des dépenses en santé devait dépasser la moyenne de 4,2 pour cent.

L’exercice pourrait même s’avérer plus douloureux, puisque M. Bachand prévient que la cible de 4,2 pour cent en ce qui a trait aux dépenses en santé permettrait seulement de «maintenir» le panier de services actuellement offert.

«Il n’y a pas d’espace pour des nouveaux services, à moins qu’ils soient tarifés à 100 pour cent. Il y aura toujours des nouveaux besoins au sein de la population. Si nous voulons de l’espace, il faudra revoir l’efficacité des actions actuelles», dit-il.

Si le gouvernement provincial doit s’affairer à résorber le plus rapidement possible le déficit actuel estimé à plus de 3 milliards $ par l’Institut, il devra également trouver une façon de générer de la croissance économique.

Le document souligne que la croissance annuelle moyenne des 20 prochaines années devrait osciller aux alentours de 1,6 pour cent, alors qu’elle était d’environ 2,1 pour cent au cours des 20 dernières années.

D’après M. Bachand, chaque dixième de point de pourcentage sera crucial pour le gouvernement puisqu’il bénéficiera d’une plus grande marge de manoeuvre budgétaire.

«Si c’était à 1,8 pour cent (de croissance), ça offrirait beaucoup plus de possibilités, illustre-t-il. Ça dégage 2 milliards $ de plus par année en 2035, mais dès 2020, de l’argent serait dégagé.»

Finalement, le document reprend une expression utilisée par le premier ministre Philippe Couillard en suggérant l’instauration d’un «cran d’arrêt» sur les programmes publics une fois l’équilibre budgétaire atteint.

«C’est clair que le réexamen amène toujours les gens à dire « c’est toujours les programmes des autres qu’il faut toucher », souligne M. Bachand. Ce n’est pas un exercice facile mais il doit être fait.»

L’Institut du Québec est issu d’un partenariat entre le Conference Board du Canada et HEC Montréal.

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