Le pont Champlain oblige les ingénieurs à faire preuve… d’ingéniosité

MONTRÉAL – L’état de «dégradation accélérée» du pont Champlain, s’il cause des maux de tête sévères aux autorités et aux citoyens, aura au moins permis au monde de l’ingénierie québécois de faire la démonstration de son savoir-faire.

L’installation de la «superpoutre» de 75 tonnes ce week-end sur le pont Champlain représente la dernière prouesse imaginée par des experts oeuvrant dans un secteur d’activité — l’ingénierie — sévèrement mis à mal au cours des derniers mois par une série de scandales de corruption et de collusion.

«C’est un véritable laboratoire dans tous les sens», a indiqué l’ingénieur Normand Tétrault, président et fondateur de Soconex, une firme spécialisée dans les structures de béton, en entrevue à La Presse Canadienne.

«C’est très stimulant. Ce sont des beaux défis pour des ingénieurs sur le plan scientifique. Les gens ont trouvé des solutions imaginatives et très intéressantes», a-t-il ajouté.

Tout en déplorant les délais pour construire un nouveau pont et les coûts importants que représentent les réparations constantes sur la structure actuelle, il souligne que tout le milieu en tire quand même de précieux enseignements en matière d’innovation.

Ainsi, il note que l’idée de placer une «superpoutre» pour consolider une poutre fissurée en attendant de poser un treillis métallique de soutien en-dessous de la poutre affectée représente la cinquième solution de consolidation utilisée depuis quelques années.

«C’est quelque chose de vraiment intéressant au niveau technique parce qu’on a commencé par de la post-tension longitudinale externe sur les poutres. Après ça, on a fait de la post-tension avec des tiges sur les têtes de chevêtre. Ensuite on est venu avec le système d’arbalètes, ensuite on a ajouté le système de renforcement aux fibres de carbone sur les poutres. Là, nous sommes rendus avec l’installation d’une «superpoutre» temporaire pour être capable d’installer une poutre en treillis en-dessous.

«Les ingénieurs n’ont pas seulement été ingénieurs, mais ils ont été ingénieux à trouver des solutions techniques», conclut-il.

L’installation de la «superpoutre» de 75 tonnes et de 56 mètres de long représente, en soi, un défi de taille, selon l’ingénieur, qui fait valoir qu’il faudra deux jours complets simplement pour la mettre en place et la consolider. Et encore là, dit-il, il a fallu adapter cette solution au contexte puisque le plan initial ne pouvait être suivi.

«Au départ, on devait installer un genre de chariot fixe pour la déplacer et la positionner très lentement, sauf que le temps de fabriquer toutes ces composantes retarderait trop la mise en place de la poutre. Donc, ils ont calculé qu’avec des vents de moins de 20 km/h, ils seront capables de mettre la poutre en place avec deux grues et y attacher la poutre qui est endommagée en-dessous pour la supporter jusqu’à ce qu’on mette un support permanent en-dessous de cette poutre.»

Pour l’ingénieur, il est clair cependant que tout ce rafistolage ne met en aucun cas la sécurité des usagers en péril. Il souligne que les ingénieurs ont un devoir de protection du public, d’une part, et d’autre part, que l’âge et l’état de la structure ne laissent pas de place à l’incertitude.

«On ne peut prendre aucune chance parce qu’on a de la difficulté à évaluer la charge résiduelle qui reste dans le pont, c’est-à-dire qu’est-ce que les composantes peuvent supporter, puisqu’on ne connaît pas avec précision l’état des structures d’acier à l’intérieur du béton.

«Dès qu’il y a une fissure, on ne commence donc pas à calculer combien de charge on peut mettre sur la poutre; il faut la traiter, il faut la réparer ou transmettre la charge aux autres structures du pont pour ne pas avoir de rupture de cette poutre.»

Quant aux craintes exprimées en début de semaine sur la possibilité que le poids de la «superpoutre» vienne déséquilibrer le tablier du pont, M. Tétrault les balaie du revers de la main.

«Juste pour donner un comparatif, vous avez deux camions sur la voie de droite, entre deux piliers, ça pèse plus que la poutre qu’ils vont installer.»

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Ça prend beaucoup d’imagination en effet pour étirer la durée de vie d’un pont qui est pris avec un cancer des os incurable !

Le patient lui n’est pas chanceux parce qu’il est relativement jeune ( 51 ans ), il serait intéressant de relever ce que les ingénieurs du temps, ceux qui ont bâti ce pont, lui prévoyaient comme durée de vie en 1962, ils n’auraient certainement pas obtenu le contrat s’ils lui avaient donné seulement une cinquantaine d’année (le pont de Québec à presque 100 ans, le pont Jacques Cartier 80 et on ne parle pas des remplacer), qu’elle peut bien être la cause principale de ce fiasco ?

Les poutres malades / fissurées sont faites de béton armé, comme nous avons pu le voir sur d’autres infrastructures (ponts / viaducs sur des autoroutes du Qc) probablement que la corrosion a attaqué et affaibli l’acier à l’intérieur de ces poutres (l’âme de ces poutres). Ceci après 50 ans seulement ! j’espère que le pont de la Confédération sera plus durable ! Alors quel est la cause : Mauvaise conception ? Mauvaise qualité du béton ? Négligence au niveau de l’entretien ? tout ça en même temps ? Il y a peut-être un peu de toutes ces raisons, mais certainement une qui domine, mais laquelle ?

Quant à l’ingéniosité des solutions, je trouve que toutes celles qui ont été essayées jusqu’à maintenant l’étaient et auraient dû satisfaire le besoin, mais il faut croire que le bobo / le cancer est tellement répandu dans les poutres existantes que ces solutions ne s’avèrent finalement pas viables, alors on passe à la solution la moins imaginative / la plus primaire : on remplace la poutre par une autre… parce que celle qu’on va placer finalement en dessous de la poutre malade sera là en fait pour faire tout le travail, ça équivaux presque à enlever la poutre malade… mais en la laissant ainsi cette poutre malade coincée entre le tablier du pont et la nouvelle poutre il faut être certain que cette poutre gangrené ne tombera pas en morceaux sinon…. tout sera à recommencer… Misère, de misère ! J’espère qu’il y a une faille dans mon analyse et que cette fois la solution appliquée sera la bonne.