Le PQ accuse le gouvernement de ne pas agir au sujet d’Adil Charkaoui

MONTRÉAL – Le Parti québécois (PQ) accuse le gouvernement Couillard d’inaction envers Adil Charkaoui, le président du Centre islamique de l’Est de Montréal lié à des jeunes soupçonnés de vouloir se joindre à des groupes djihadistes. En retour, M. Charkaoui a lancé que le PQ agit comme un «agent de radicalisation».

Il réagissait ainsi sur sa page Facebook aux propos tenus jeudi à l’Assemblée nationale par la députée péquiste Agnès Maltais.

Celle-ci a assimilé M. Charkaoui à «un marchand de haine», demandant au gouvernement québécois d’en faire plus pour faire échec au recrutement des jeunes au Centre communautaire islamique de l’Est de Montréal (CCIEM).

Dans sa réplique, M. Charkaoui s’est servi des mots exacts qu’avaient utilisés le maire de Montréal, Denis Coderre, à son égard — et qu’il ne semble toujours pas avoir digérés — «agent de radicalisation».

«Avec ses déclarations irresponsables, Mme Agnès Maltais continue d’agir, comme le fait malheureusement le PQ depuis 2013, en agent de radicalisation!», a écrit l’homme sur sa page Facebook en début d’après-midi jeudi.

Mme Maltais est intervenue à ce sujet à l’Assemblée nationale après l’arrestation préventive de 10 jeunes Montréalais à l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau, annoncée par la GRC mardi soir. Aucune accusation n’a été déposée.

Quatre d’entre eux fréquentaient le collège de Maisonneuve, là où une école liée à Adil Charkaoui louait des locaux. Un de ces jeunes était d’ailleurs inscrit à des cours offerts par le CCIEM. D’autres étudiants inscrits au collège de Maisonneuve avaient aussi quitté pour l’étranger plus tôt ce printemps et la police craignait alors qu’ils ne tentent de rejoindre la Syrie.

Sur sa page Facebook, le CCIEM a publié une déclaration dans laquelle il dit ne détenir aucune information concernant «l’identité ou la motivation» des jeunes qui ont été arrêtés.

Il affirme d’ailleurs prendre très au sérieux la question de la radicalisation des jeunes et réitère son «engagement de contribuer à l’intégration harmonieuse de la communauté musulmane dans les sociétés québécoise et canadienne».

Mme Maltais a souligné dans ses questions au gouvernement qu’à chaque fois que des jeunes Québécois quittaient, il y avait un point en commun, soit un individu: Adil Charkaoui, lié au CCIEM.

«Qu’est-ce qui se passe dans ce centre? Qu’est-ce qu’Adil Charkaoui raconte aux enfants qu’il fréquente? Comment se fait-il que des jeunes qui suivent ses enseignements désirent soudainement se joindre à l’État islamique?», a-t-elle demandé, avant de critiquer le gouvernement libéral.

«Pour l’instant, tout ce que le gouvernement se contente de faire, c’est se fier aux parents, aux amis et aux voisins et espérer que la police réagisse assez vite pour rattraper des jeunes recrues d’Adil Charkaoui avant qu’elles s’envolent pour la Turquie et la Syrie».

La ministre de la Sécurité publique Lise Thériault a rétorqué que la GRC enquête déjà sur ces dernières arrestations, que les différentes forces policières ont les choses en main et qu’elle n’allait pas se transformer en «justicière».

«Mais ce n’est pas vrai que l’Assemblée nationale va se transformer en tribunal, ce n’est pas vrai que l’Assemblée nationale va se transformer en enquêteur», a-t-elle tranché.

Le PQ en a profité pour rappeler sa proposition de nommer un observateur de l’intégrisme, une personne liée à l’Assemblée nationale qui aurait comme mission de suivre en amont le phénomène de l’endoctrinement des jeunes.

En point de presse impromptu après une conférence à Montréal, le premier ministre Philippe Couillard se défend de ne rien faire.

Il a rappelé que son gouvernement va très bientôt déposer un plan d’action pour lutter contre la radicalisation et promet même un projet de loi.

Il a admis avoir des préoccupations au sujet de M. Charkaoui, mais a rappelé aussi que le collège de Maisonneuve a mis fin à son contrat de location de locaux.

«Cette influence a été éliminée, dit-il. Mais il faudrait être naïf de croire qu’il s’agit de la seule influence».

Il signale que les jeunes peuvent se radicaliser par l’Internet ou par des contacts personnels.

Le premier ministre du Canada Stephen Harper s’est aussi fait interroger jeudi sur ses solutions pour contrer la radicalisation de jeunes.

Il a fait valoir les ressources substantielles qui seront octroyée par son gouvernement justement dans ce but, soit 150 millions $ pour la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et 5,4 millions $ pour l’Agence des services frontaliers du Canada, des sommes déjà annoncées dans le dernier budget fédéral.

Il s’est aussi adressé directement aux familles des jeunes, disant avoir pour elles beaucoup de sympathie.

«Nous avons ici un beau pays. Un pays qui est démocratique, libre, ouvert, tolérant. Il n’y a aucune excuse, aucune raison pour un Canadien de devenir un djihadiste ou un terroriste ou de devenir membre d’un tel groupe. C’est tout à fait inacceptable», a-t-il lancé.

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