Le procès Duffy est ajourné jusqu’en novembre en l’absence d’un témoin important

OTTAWA – Le procès du sénateur Mike Duffy pour fraude, abus de pouvoir et corruption a été suspendu mardi jusqu’en novembre, soit après le scrutin général du 19 octobre.

Le juge de la Cour de l’Ontario Charles Vaillancourt a annoncé que le procès, qui devait se poursuivre jusqu’à vendredi, serait ajourné à la fin de l’audience de mardi et reprendrait le 18 novembre.

La Couronne devait appeler à la barre un témoin fort attendu, Gerald Donohue, un ami de M. Duffy qui a souvent reçu du Sénat des contrats possiblement frauduleux.

L’avocat de la défense Donald Bayne a toutefois indiqué que M. Donohue avait un problème personnel l’empêchant de se présenter en cour cette semaine. Il n’y a donc, selon le juge Vaillancourt, pas de raison de poursuivre les procédures dans l’immédiat.

Il se pourrait que la semaine réservée au procès en novembre ne suffise pas. La Couronne n’a pas encore appelé tous ses témoins à la barre, et la défense a ses propres témoins à présenter.

Par ailleurs, Chris Woodcock, l’ex-directeur de la gestion des enjeux de Stephen Harper, a poursuivi son témoignage, mardi, levant un peu plus le voile sur le fonctionnement du puissant cabinet du premier ministre.

M. Woodcock a raconté à la cour qu’il arrivait au travail à 4 h 30 du matin afin de lire les articles et de regarder les bulletins de nouvelles de la veille. La première réunion de l’équipe des communications avait lieu à 7 h 30. M. Harper était plus tard informé des sujets potentiellement délicats.

«En gros, mon rôle était de repérer les problèmes, de les identifier et d’élaborer une stratégie pour les gérer», a-t-il résumé, sous l’oeil attentif de Nick Koolsbergen, l’actuel directeur de la gestion des enjeux du cabinet, qui était présent dans la salle d’audience, mardi.

L’avocat de la défense, Me Bayne, a questionné Chris Woodcock par rapport au message qu’il avait concocté à l’intention des médias sur les dépenses contestées de M. Duffy en 2013, tentant d’établir que le sénateur de l’Île-du-Prince-Édouard avait été forcé d’adopter la version du cabinet.

C’est l’une des premières fois que la philosophie derrière la gestion des communications et de la présentation des nouvelles au grand public par le gouvernement est exposée au grand jour. À l’ère de l’information continue, les communications sont maintenant aussi importantes que l’élaboration de politiques pour les dirigeants de la plupart des États démocratiques modernes.

Plutôt que de laisser les ministres et les députés se débrouiller seuls avec les journalistes, le cabinet du premier ministre a pris en charge toutes les communications relatives aux sujets d’ordre politique. Par exemple, en 2006, Stephen Harper a mis un terme à la pratique selon laquelle les ministres pouvaient s’adresser aux reporters après les réunions du cabinet.

Dans le cas de Mike Duffy, les dépenses litigieuses étaient un problème qui devait être géré. M. Woodcock et d’autres membres du cabinet, dont son chef Nigel Wright, ont donc relevé leurs manches et se sont attelés à la tâche.

Malgré les efforts des stratèges conservateurs, l’affaire Duffy n’a toutefois pas tardé à échapper au contrôle du cabinet et les stratégies de communications de ce dernier sont devenues un élément important du scandale.

En concentrant les pouvoirs entre ses mains, le cabinet s’est également retrouvé à assumer seul toutes les responsabilités, un fait que l’ex-directeur de la gestion des enjeux a souligné lors de son passage à la barre des témoins.

«Dans le contexte actuel, le premier ministre est responsable de tout, que ce soit une décision prise par un obscur fonctionnaire dans un dossier en particulier aux politiques portant sur des questions majeures», a-t-il indiqué.

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