Le projet de réforme de l’éducation autochtone n’ira pas de l’avant, selon l’APN

OTTAWA – Le premier ministre Stephen Harper a personnellement dit au chef de l’Assemblée des Premières Nations (APN) que le gouvernement conservateur n’irait pas de l’avant avec la controversée réforme de l’éducation des Autochtones, soutient le chef Perry Bellegarde.

On ignore donc ce qui adviendra des 1,9 milliard $ liés à ce projet de loi, qui flotte au Parlement depuis le printemps dernier, lorsque les chefs autochtones canadiens ont rejeté en bloc la proposition de réforme de l’éducation des Premières Nations.

En entrevue avec La Presse Canadienne, Perry Bellegarde a affirmé avoir demandé à M. Harper de ne pas réattribuer ailleurs l’argent réservé à l’éducation des Premières Nations dans le budget de l’an dernier.

M. Bellegarde soutient être sorti de sa rencontre peu optimiste quant à cette demande, mais il assure qu’il ne baissera pas les bras.

Il craint qu’un mauvais message ne soit envoyé aux Premières Nations si le gouvernement décidait de déplacer ailleurs cet argent, par exemple en le réattribuant pour amoindrir le déficit.

Cela signifierait que le gouvernement n’est pas en contact avec les communautés et leurs besoins, et qu’il met de côté les problèmes des Premières Nations en matière d’éducation, a-t-il affirmé.

Le porte-parole du premier ministre n’était pas disponible immédiatement pour commenter.

Le projet de loi des conservateurs a profondément divisé la communauté autochtone et précipité la démission de Shawn Atleo de son poste de chef national de l’APN.

Certains ont perçu le projet comme une première étape — à laquelle était attaché un généreux chèque — vers l’amélioration de la vie des enfants autochtones.

D’autres croyaient plutôt que le gouvernement tentait d’exercer un trop grand contrôle sur l’éducation autochtone.

Les conservateurs ont indiqué que le projet de loi – et l’argent – resterait en suspens jusqu’à ce que l’APN l’appuie. Mais il semblerait que cela n’arrivera pas.

«Le projet de loi C-33 n’ira pas de l’avant», a assuré M. Bellegarde.

Le chef autochtone attend les résultats d’une longue bataille au Tribunal canadien des droits de la personne pour obtenir le même niveau de financement de l’État pour les enfants autochtones que celui que reçoivent les élèves non autochtones des provinces.

Si la décision de ce tribunal, qui devrait tomber très bientôt selon M. Bellegarde, est en faveur de l’APN, elle pourrait également servir d’argument judiciaire pour obtenir davantage de financement pour l’éducation.

Les libéraux ont pour leur part demandé aux conservateurs de rendre disponible immédiatement l’argent lié au projet de loi.

M. Bellegarde a finalement laissé entendre qu’avec les élections fédérales qui s’en viennent, en octobre prochain, il ferait de l’éducation des Premières Nations un enjeu électoral.

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