Le Québec ne respectera pas ses engagements de protection de la biodiversité

MONTRÉAL – Même si le Québec veut se positionner en leader en matière environnementale sur la scène internationale, il s’avère jusqu’ici incapable de respecter ses engagements en matière de protection de la biodiversité.

Un bilan des actions entreprises par le Québec réalisé par la Société pour la nature et les parcs (SNAP Québec) et Nature Québec, rendu public mardi, démontre que le Québec est en voie de rater les cibles internationales pour lesquelles il s’était engagé.

«L’appauvrissement de la biodiversité se poursuit. On continue de perdre des milieux naturels, de fragmenter des milieux naturels, de ne pas mettre en place des mesures pour les espèces menacées», a déploré Sophie Gallais, l’auteure principale du rapport intitulé «Nagoya +: Bilan des actions du Québec en matière de biodiversité et recommandations».

«C’est un constat malheureusement qui est global: on aurait aimé que le Québec se démarque d’une autre façon, mais il s’inscrit dans cette tendance mondiale où l’on continue de négliger la biodiversité», a souligné Mme Gallais en entrevue avec La Presse Canadienne.

Le Québec s’était formellement lié aux objectifs du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro, en 1992, et donc aux engagements pris par les pays signataires lors d’une rencontre de suivi à Nagoya, au Japon, en 2010. L’un des objectifs de Nagoya prévoyait transformer 17 pour cent du territoire et 10 pour cent des zones marines et côtières en aires protégées d’ici 2020.

Selon le rapport présenté mardi, seulement 9 pour cent du territoire et 1,35 pour cent pour cent d’aires marines ont été protégés jusqu’ici, ce qui est loin très loin des cibles intérimaires prévues pour 2015 et qui met en péril l’objectif de 2020.

«On est toujours en retard et en attente et c’est ça le constat principal: on n’atteindra pas ces cibles en 2020 à moins de mettre vraiment les bouchées doubles», a dit Mme Gallais.

Et il ne s’agit là que d’un seul de la vingtaine d’objectifs issus du sommet du Japon. Le rapport a évalué huit de ces objectifs et il appert que le Québec est en retard dans chacun d’entre eux.

Les auteurs du rapport s’inquiètent des pressions grandissantes sur la biodiversité dans le sud de la province, où l’on tarde à désigner des aires protégées. De plus, le Québec n’arrive même pas à désigner les aires protégées dans le Nord québécois, qui n’est pas développé. Pourtant, le Plan Nord prévoit mettre à l’abri des activités industrielles 50 pour cent du territoire.

«Protéger le Nord c’est important parce qu’il y a beaucoup d’écosystèmes intacts et c’est important de le faire. Par contre, on ne peut pas atteindre le fameux objectif international en protégeant uniquement le Nord», a souligné Mme Gallais.

«Si on protège uniquement les espèces nordiques, on ne captera pas les espèces qu’on retrouve dans le coins de Montréal ou en Gaspésie. Donc, oui, protégez le Nord, mais n’oubliez pas le Sud», a-t-elle ajouté.

Car c’est dans le Sud que les écosystèmes sont les plus riches en termes de faune et de flore et où l’on retrouve le plus d’espèces menacées.

Plutôt que de tendre vers un redressement, le rapport souligne la diminution constante des moyens financiers, la désuétude réglementaire ainsi que l’absence de plans d’action nationaux, de mécanisme de suivi et d’évaluation.

«Il y a beaucoup de territoires qui ont été proposés par des instances régionales, beaucoup de territoires qui ont été analysés par le ministère de l’Environnement. On pourrait prendre des décisions de protéger ces territoires-là et on ne le fait pas», a déploré Mme Gallais.

«Il y a une inaction du gouvernement, pas nécessairement parce qu’il n’y a rien de prêt ou qu’il n’y a rien à faire; c’est seulement un manque de volonté politique de mieux protéger, mieux préserver la diversité biologique québécoise», a-t-elle lancé.

Elle rappelle au passage que la dégradation de la biodiversité est une voie à sens unique.

«On ne peut pas faire machine arrière. Une fois que la tourte est disparue, la tourte voyageuse, elle est disparue et elle ne reviendra pas. C’est la même chose pour les espèces et les milieux.»

Laisser un commentaire