Le SCRS fait ce qu’il peut pour filer les présumés intégristes rentrés au pays

Photo © Pascal Marchand / La Presse Canadienne
Photo © Pascal Marchand / La Presse Canadienne

OTTAWA – Il serait très hasardeux de croire que les services secrets canadiens assurent un suivi ininterrompu et constant des intégristes qui sont rentrés au pays, a prévenu lundi un responsable du SCRS.

Jeff Yaworski, sous-directeur des opérations au Service canadien du renseignement de sécurité, a indiqué au comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense, lundi, que les services secrets canadiens doivent procéder par ordre de priorités dans ces dossiers.

Selon le SCRS, 130 à 145 Canadiens se battent à l’étranger avec des groupes extrémistes comme le groupe armé État islamique (ÉI), en plus de les appuyer financièrement et par de la propagande.

Le Canada et d’autres pays occidentaux craignent que de jeunes radicaux se rendent à l’étranger pour prendre part à des combats, ou soutiennent des intégristes par la propagande et la collecte de fonds, et qu’ils rentrent ensuite chez eux avec des desseins malveillants. «C’est un enjeu qui nous inquiète beaucoup et c’est notre première priorité (sic) », a affirmé M. Yaworski.

La Gendarmerie royale du Canada indiquait récemment qu’elle menait 63 enquêtes sur 90 présumés intégristes, qui souhaiteraient joindre des luttes armées à l’étranger ou qui sont rentrés au pays.

M. Yaworski a indiqué lundi que le SCRS sait où se trouvent ces suspects, mais que le service doit assurer leur surveillance en fonction de ses budgets de fonctionnement. «Nous devons établir un ordre de priorités dans nos enquêtes. Nous devons allouer nos ressources limitées à celles qui, selon nous, représentent la menace la plus importante (…) Ce qui m’empêche de dormir la nuit, ce sont les cas qui ne sont pas dans notre écran radar», a-t-il expliqué.

Les informateurs sont ceux qui fournissent les données les plus précieuses au SCRS, selon M. Yaworski. Ce sont eux qui peuvent dévoiler les cas de radicalisation. Le SCRS peut aussi aller fouiller dans les mandats de perquisition pour surveiller les individus à risque.

Le sénateur libéral Colin Kenny a exprimé des doutes sur la capacité de l’organisme fédéral d’enquêter sur les nombreux cas avec si peu d’employés. «Je serais imprudent de vous dire que nous pouvons tout surveiller. Mais nous faisons ce que nous pouvons avec le budget que nous avons», a répondu le responsable du SCRS.

Le gouvernement conservateur devrait présenter prochainement une loi qui faciliterait le travail des enquêteurs pour surveiller les Canadiens allant se battre dans d’autres pays avec des groupes extrémistes.

Le gouvernement n’a pas encore demandé au SCRS de s’impliquer dans la mission de combat en Syrie pour combattre le groupe armé ÉI. «Si on nous le demande, on y sera certainement», a-t-il assuré.

M. Yaworski juge qu’il est difficile d’évaluer le nombre de Canadiens dans la région puisque le conflit rend la tâche presque impossible.

Le plus grand défi pour le SCRS demeure de prouver qu’un présumé radical pourrait joindre un groupe extrémiste ou commettre un acte violent. «Ces individus, lorsqu’ils sont sur le point de quitter le pays n’annonceront pas où ils vont. Ils se rendront dans d’autres pays. Ils vont brouiller les cartes. Ils emprunteront de l’argent et voleront des passeports (…)», a-t-il souligné.

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