L’écrivain Dany Laferrière est intronisé officiellement à l’Académie française

PARIS – L’écrivain Dany Laferrière a été reçu officiellement à l’Académie française, jeudi, en présence du président de la France, François Hollande, et du premier ministre Philippe Couillard.

L’écrivain québécois d’origine haïtienne occupera le siège laissé vacant par Hector Bianciotti.

Il a été intronisé à l’Académie française au cours d’une cérémonie solennelle, sous la Coupole, entouré de quelque 300 personnalités, dont les ex-premiers ministres Jean Charest, Pauline Marois et Bernard Landry, et du chef de l’opposition officielle, Pierre Karl Péladeau.

Auteur prolifique d’une vingtaine de romans, dont «L’énigme du retour», qui lui a valu le Prix Médicis en 2009, Dany Laferrière est le premier écrivain québécois à être appelé à faire partie des immortels.

Il avait été élu membre de l’Académie française en décembre 2013, mais la cérémonie d’intronisation, fidèle à un protocole datant de 400 ans, avait lieu ce jeudi à Paris.

Vêtu du costume d’apparat des membres de l’Académie et portant fièrement l’épée qui l’accompagne, l’écrivain qui a grandi à Petit-Goâve, en Haïti, avant d’émigrer au Québec, en 1976, a livré avec beaucoup d’aplomb son premier discours, dans lequel il a abordé un des thèmes très présents dans son oeuvre: l’exil.

Le premier ministre Philippe Couillard n’a pas manqué de souligner, en point de presse, combien le nouvel académicien savait parler avec éloquence de «l’exil que tous les humains partagent, c’est l’exil de l’enfance. C’est au coeur de l’oeuvre de Dany Laferrière, un grand écrivain, un grand Québécois, un grand Haïtien, un grand être humain, surtout».

L’académicien de 62 ans a fait la preuve, selon lui, qu’on peut «atteindre l’universel avec un univers intime, qui est très près de sa vie personnelle».

M. Couillard a indiqué qu’il n’était pas un grand amateur de littérature de fiction, mais qu’il avait lu avec beaucoup d’intérêt «L’énigme du retour».

Il a dit souhaiter que cet honneur donne le goût aux Québécois «de bien parler notre langue» et «de bien l’enseigner à nos enfants».

Le premier ministre s’est montré réceptif à l’idée d’accorder plus de place à l’enseignement de la littérature à l’école et à l’apprentissage d’une bonne culture générale.

Devant les journalistes, M. Laferrière a dit que ce dont il était le plus fier quant à lui c’était «d’être écrivain», soit d’avoir réussi à écrire «de nuit en nuit, d’angoisse en angoisse, de joie en joie, de fait intime en fait intime» et de s’être finalement rendu membre de cette prestigieuse assemblée.

Il a rappelé ses débuts d’écrivain, sans le sou, à Montréal, ému en se remémorant «ce grand plaisir d’être dans une petite chambre quand il neige dehors et qu’on ne peut pas sortir, et de se pencher sur sa machine à écrire pour tenter d’écrire un roman».

Ce premier roman était intitulé «Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer», premier jalon d’une longue série de romans l’ayant conduit, 30 ans plus tard, à l’Académie française.

Interrogé à savoir quels étaient ses projets, l’auteur de «L’art presque perdu de ne rien faire» a répondu par une boutade: «me glisser dans une baignoire rose et ne plus savoir dans quel siècle que je suis», a dit celui qui se décrit comme «un homme sans projets».

Plus tôt, l’écrivain Amin Maalouf avait rendu un vibrant hommage à son nouveau collègue de l’Académie en décrivant les dates marquantes de son parcours d’homme et d’écrivain.

Le chef de l’opposition officielle, Pierre Karl Péladeau, a noté que le fait qu’un «Québécois d’adoption» soit ainsi honoré constituait «une belle illustration de ce sentiment d’ouverture que les Québécois ont toujours eu».

L’ex-première ministre Pauline Marois a soutenu avec satisfaction que l’écrivain, «un conteur extraordinaire», aimait dire que c’était le Québec qui lui avait permis de devenir qui il était aujourd’hui.

La porte-parole de Québec solidaire, Françoise David, venue à Paris à ses frais, s’est dite impressionnée par l’oeuvre de Dany Laferrière.

Parmi les personnalités aperçues sous la Coupole, notons les noms de la secrétaire générale de la Francophonie, Michaëlle Jean, son prédécesseur, Abdou Diouf, l’ex-animateur de l’émission «Apostrophes», Bernard Pivot, Denise Bombardier et Marie-Claire Blais.

Vendredi, le premier ministre Couillard retourne à Rome poursuivre une mission entreprise mardi dans la capitale italienne.