Les BPC nuisent toujours à la santé, même après des décennies

MONTRÉAL – Une chercheure montréalaise a découvert un lien entre une teneur élevée en biphényle polychloré (BPC) dans le sang et la baisse des fonctions cognitives chez les Américains âgés, et ce, même si les BPC sont interdits aux États-Unis depuis 1979.

Maryse Bouchard, professeure à l’Université de Montréal et au CHU Sainte-Justine, a établi une corrélation significative entre la teneur en BPC et les capacités cognitives dans un groupe de personnes de 70 à 84 ans; une corrélation semblable mais de moindre ampleur a également été observée chez les 60 à 69 ans.

L’analyse a aussi révélé des différences entre les hommes et les femmes. Une plus grande perte cognitive en fonction de l’exposition a été observée chez les femmes du groupe le plus âgé.

Les BPC ne sont plus utilisés ni produits depuis près de 40 ans, mais on détecte encore ces substances hautement persistantes dans le sang de la plupart des gens, en particulier les personnes âgées.

L’étude de Mme Bouchard, menée sur un groupe de 708 Américains, comportait deux volets. Dans un premier temps, on a mesuré la concentration de toxines dans un échantillon de sang des participants.

Ensuite, on a demandé aux participants d’effectuer une épreuve évaluant la mémoire et la motricité, dans le but de mesurer leur performance cognitive. Les teneurs en BPC mesurées dans le sang des participants étaient représentatives de celles que l’on retrouve en général dans la population aux États-Unis.

«Il est possible que les personnes âgées soient plus vulnérables en raison des effets cumulatifs de l’exposition sur toute la durée de la vie, d’une vulnérabilité accrue en raison d’un état sous-jacent, comme des troubles vasculaires, ou d’une réserve cognitive réduite, a précisé Mme Bouchard par voie de communiqué. Nos résultats suggèrent que les BPC, même à des concentrations que l’on considère en général comme inoffensives, peuvent contribuer aux vieillissement cognitif.»

À l’heure actuelle, les méthodes d’élimination des BPC vont du processus de remédiation efficace au déversement délibéré. Les BPC s’accumulent dans les tissus adipeux des animaux terrestres et aquatiques, et leur concentration augmente par bioamplification à mesure qu’on s’élève dans la chaîne alimentaire. Par conséquent, les BPC sont aujourd’hui omniprésents dans les tissus des populations humaines, en Amérique du Nord et ailleurs dans le monde.

L’étude est publiée dans Environmental Health Perspectives, le journal du National Institute of Environmental Health Sciences.