Les Centres de la petite enfance se lancent dans une série de moyens de pression

MONTRÉAL – Après les écoles, ce sera bientôt au tour des Centres de la petite enfance (CPE) d’être le théâtre de chaînes humaines et de fermetures pour protester contre les compressions de 120 millions $ qu’entend imposer le gouvernement Couillard au réseau des services de garde publics et privés.

Des chaînes humaines autour de CPE sont en effet prévues à compter du 1er février, un grand rassemblement suivra à Montréal le 7 février et des fermetures sont envisagées à la fin de février et en mars.

Cependant, Québec a réussi à détourner une proportion significative de la grogne en concluant une entente de négociation avec l’une des deux associations représentant les CPE, lundi.

Le Conseil québécois des services de garde éducatifs à l’enfance (CQSGEE), qui représente environ le quart des quelque 900 organismes impliqués, a en effet accepté de participer à un comité de négociation pour tenter de revoir le financement des Centres de la petite enfance.

«On a fait un gain très important en obtenant un comité de négociation», a affirmé la directrice générale du Conseil, Francine Lessard, lors d’une entrevue avec La Presse Canadienne.

«On sait que la ministre (de la Famille, Francine Charbonneau) est extrêmement frileuse de parler de négociation», a-t-elle ajouté.

Le plus important des regroupements, l’Association québécoise des CPE (AQCPE), rejette toutefois catégoriquement cette démarche, que son président, Louis Sénécal, voit comme une tentative claire de «diviser pour mieux régner». Celui-ci dit ne plus rien espérer des discussions qui se sont avérées stériles jusqu’ici.

«Ce sont les mêmes interlocuteurs qui sont là depuis 2011 et ces gens-là (…) nous ont clairement avoué leur incapacité de prendre des décisions et de faire infléchir le mot d’ordre du Conseil du trésor», a-t-il déclaré à La Presse Canadienne.

«C’est fini le temps où on participait à des dîners de cons et on ne fera pas partie de cette parade», a laissé tomber M. Sénécal.

Une première manifestation, organisée par le regroupement de la Montérégie de l’Association, a eu lieu mardi matin à Montréal.

«Le mouvement met vraiment en évidence à quel point l’impact des compressions va avoir un effet sur la mission éducative dans les CPE. C’est ni plus ni moins que de changer la vocation d’un CPE qui se veut un service éducatif, en un service qui serait strictement un service de garde», soutient Louis Sénécal.

Québec, qui avait déjà annoncé des compressions de 74 millions $, a ajouté une somme de 46 millions à ses exigences, pour porter le total à 120 millions $.

L’AQCPE réclame le retrait complet de ces nouvelles compressions.

«Ce gouvernement (…) a adopté les mesures les plus austères, les plus hostiles, à l’égard des familles depuis 20 ans et il est temps que la population le réalise et on compte sur les parents pour embarquer dans notre mobilisation importante», affirme M. Sénécal, dont l’organisme lançait mardi un vaste processus de consultation sur les moyens de pression impliquant, pour la première fois, non seulement les directions de CPE mais aussi les conseils d’administration et les parents.

«Ce sont les parents eux-mêmes qui prendront les décisions de fermer ou non leur CPE, en prenant en compte les tenants et aboutissants, les risques et les avantages d’une telle mobilisation, qui prendront la décision de se joindre ou pas au mouvement. On ne prendra personne en otage: on va fonctionner sur la base de ce que les parents souhaitent», dit-il, allant ainsi au-devant du traditionnel reproche que les politiciens au pouvoir adressent aux organismes qui ont charge d’enfants ou de jeunes lorsqu’ils ferment leurs portes en guise de protestation.

Même l’ouverture manifestée par le Conseil québécois des services de garde éducatifs à l’enfance ne laisse pas une grande marge de manoeuvre au gouvernement.

«On a un échéancier de travail extrêmement serré; ce seront des travaux très intenses car on termine le tout le 1er février», a précisé Francine Lessard.

«On a trois semaines pour travailler de façon très intense et on compte aussi explorer autre chose que les paramètres de financement qui permettraient au gouvernement de récupérer. On avait parlé des places fantômes l’an dernier, par exemple», a-t-elle ajouté.

En raison de l’invitation à négocier, Mme Lessard estime donc qu’il est encore «prématuré» de sortir dans la rue et de passer aux moyens de pression, mais on sent que sa patience a des limites.

«On se réserve quand même le droit, si on n’arrivait pas à s’entendre, d’utiliser d’autres moyens qu’on décidera en temps et lieu», a-t-elle dit.

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