Les députés bloquistes se consolent de l’élection de Mario Beaulieu

OTTAWA – Pendant que Mario Beaulieu faisait, lundi, la tournée des entrevues en tant que nouveau chef bloquiste, assurant que son parti est «uni plus que jamais», ses députés à Ottawa l’invitaient encore à tenir compte de ceux qui n’ont pas voté pour lui.

Samedi, c’est seulement par 53 pour cent des votes que M. Beaulieu a battu André Bellavance, député de Richmond-Arthabaska qui s’était assuré l’appui de ses trois collègues au parlement fédéral.

Son discours de victoire en a irrité quelques-uns, dont Gilles Duceppe, l’ex-chef du parti.

Et puis, il y a eu la démission presque instantanée du président de l’association bloquiste d’Hochelaga, à Montréal, Jerry Beaudoin. Dimanche, le député de Jonquière-Alma, Claude Patry, laissait entendre, lui aussi, qu’il claquerait la porte, avant de se raviser.

Lundi matin, les élus bloquistes se faisaient conciliateurs.

Les députés Louis Plamondon et Jean-François Fortin ont surtout invité leur nouveau chef à tenir un discours plus «rassembleur» que celui qu’il a livré samedi.

«Je pense qu’il faut laisser retomber la poussière. Il faut qu’il y ait des gestes d’ouverture de la part de Mario Beaulieu», a dit le député Fortin, au téléphone.

M. Fortin, qui n’a pas caché sa déception de voir son collègue Bellavance battu, renvoyait M. Beaulieu aux conclusions du congrès de mai à Rimouski.

«Le chef a à composer avec ce nouveau programme d’orientation pour la prochaine campagne», a-t-il rappelé.

«Bien entendu, le chef apporte une couleur à ces principes et une direction politique», a-t-il admis, tout en continuant à presser M. Beaulieu de tenir compte des 47 pour cent qui n’ont pas voté pour lui.

M. Beaulieu avait fait campagne en réclamant le retour d’un discours centré sur l’indépendance du Québec. Son adversaire, M. Bellavance, voulait plutôt continuer à présenter son parti comme le défenseur à Ottawa de tous les intérêts du Québec.

Alors que les esprits s’échauffaient samedi et dimanche, lundi, M. Plamondon cherchait à mettre les choses en perspective. Doyen aux Communes à Ottawa, il en a vu d’autres.

«C’est toujours comme ça, une course à la chefferie. Ça laisse des petites marques», a souligné M. Plamondon en entrevue téléphonique.

«Elles étaient plus percutantes un peu à cause du discours et à cause aussi des deux visions», a-t-il convenu.

Tout de même, M. Plamondon est convaincu que «la poussière est déjà retombée». Mais lui aussi veut que M. Beaulieu tienne compte des 47 pour cent et cherche des consensus.

Pendant ce temps, les adversaires politiques des bloquistes à Ottawa se frottaient les mains.

«Je crois que le Bloc québécois se radicalise», a lancé le ministre Maxime Bernier à sa sortie des Communes, lorsqu’on lui a demandé un commentaire sur l’élection de M. Beaulieu.

«Je lance un appel aux bloquistes déçus de se joindre à nous au Parti conservateur. (…) Nous sommes le parti qui a voté pour la nation québécoise et nous respectons les champs de compétence. Donc les nationalistes bloquistes déçus sont bienvenus au sein de notre parti», a insisté le ministre Bernier.

M. Beaulieu doit rencontrer ses quatre députés cette semaine.

Ils discuteront, entre autres, de sa demande de verser une partie de leur salaire de député fédéral à la cause souverainiste. MM. Plamondon et Fortin disent déjà contribuer à même leurs ressources personnelles à la cause.

«Ça demeure de toute façon un geste qui est propre à chacun que de donner à une cause. On verra bien de quelle manière M. Beaulieu souhaite ou non formaliser cette démarche», a dit M. Fortin, manifestement pas très chaud à l’idée.