Les élus sont créatifs pour se faire rembourser, dit une employée de Duffy

OTTAWA – Il n’est pas inhabituel pour les députés et ministres de payer des services par le biais de contrats «créatifs» ou même en refilant la facture à des gens d’affaires de l’extérieur, rapporte Diane Scharf, une employée de longue date de la colline du Parlement.

Mme Scharf était témoin, mercredi, au procès du sénateur Mike Duffy, qui a plaidé non coupable à 31 chefs d’accusation de corruption, fraude et abus de confiance.

Le tribunal reçoit des témoignages sur la façon dont le bureau de M. Duffy remplissait la documentation pour le remboursement de certaines dépenses de déplacement, d’hébergement et de bureau prétendument injustifiées.

Plusieurs des accusations sont liées à 65 000 $ en contrats de recherche donnés à l’ami de M. Duffy, Gerald Donohue, qui à son tour a effectué des paiements à d’autres. Il a notamment réglé la facture de téléphone cellulaire de Mme Scharf.

Diane Scharf a occupé durant six mois, en 2011, le poste d’assistante exécutive de M. Duffy. Elle avait déjà travaillé avec plusieurs députés, sénateurs, ministres et premiers ministres.

Elle a affirmé que si les députés et ministres avaient besoin de payer pour un service, ils trouvaient parfois des moyens détournés pour le faire. «C’est une pratique courante à la Chambre des commune. Je suis assez familière avec elle, a-t-elle dit, faisant référence à un élu anonyme pour qui elle a travaillé. Nous avions des employés qui étaient payés par un homme d’affaires de Toronto. On doit se montrer imaginatif si on veut payer les factures.»

Le cellulaire de Mme Scharf est un bon exemple. «L’argent pour mon cellulaire provenait peut-être de la vente des tomates du jardin (de M. Donohue). Je n’en avais aucune idée et je m’en fichais, a-t-elle admis carrément. J’avais un boulot à accomplir. J’avais besoin d’un cellulaire. Il était prêt à me rembourser. Ce n’était qu’une question d’un petit montant d’argent.»

Mike Duffy a plaidé non coupable à 31 chefs d’accusation de fraude, de corruption et d’abus de confiance, notamment pour des frais de déplacement à de nombreux événements du Parti conservateur, qu’il a ensuite facturés au Sénat.

Contre-interrogée par un avocat de la défense, Donald Bayne, Mme Scharf a soutenu que si les demandes de remboursement pouvaient être parfois «modifiées», ce n’était jamais parce que quelqu’un pouvait en vérifier la véracité. «J’ai ne comprends pas pourquoi la direction des finances du Sénat a agi comme elle l’a fait», a-t-elle lancé.

Pendant une période s’étendant sur quatre décennies, Mme Scharf a travaillé pour le premier ministre Pierre Trudeau, la ministre conservatrice Rona Ambrose, l’ancien député libéral Dennis Mills et au moins trois sénateurs conservateurs.