Les employés de la cartonnerie de Saguenay digèrent mal sa fermeture

MONTRÉAL – Les employés de la cartonnerie de Saguenay qui a fermé ses portes lundi demandent au propriétaire de ne pas démanteler l’usine à court terme et de leur donner le temps de se pencher sur une relance ou de chercher un acheteur.

«On a voulu se donner un mandat clair pour qu’on puisse relancer, assurer la survie de la compagnie si possible et, si ce n’est pas possible, essayer de trouver un acheteur», a indiqué en entrevue avec La Presse Canadienne, vendredi, le président du syndicat des employés, René Gélinas, à l’issue d’une assemblée générale.

La fermeture, qui est arrivée sans avertissement, se traduira par la perte de 140 emplois et les employés étaient réunis pour discuter de la suite des événements, bien que l’employeur n’ait donné aucun signe encourageant.

La CSN, qui représente les travailleurs touchés, souhaite maintenant faire front commun avec les autres grandes centrales pour faire pression sur les gouvernements afin qu’ils adoptent des législations pour empêcher le genre de manoeuvre qui a mené à cette fermeture.

«On veut essayer de faire changer les lois pour qu’on puisse arrêter d’avoir des étrangers qui viennent acheter des usines pour les fermer six mois après sans avoir de plan de travail à long terme», a expliqué M. Gélinas.

La problématique, dans ce cas-ci, tourne autour des ventes en lot. L’usine de Saguenay avait été vendue en décembre dernier par le groupe Cascades lorsque celui-ci avait décidé de se départir de ses activités dans le secteur du carton plat.

L’américaine Graphic Packaging Holding Company avait acheté pour 45 millions $ les cartonneries de Cascades à Saguenay et à East Angus au Québec ainsi que les trois usines de découpage et de pliage de carton plat situées en Ontario et au Manitoba.

«Ils achètent parce qu’ils veulent avoir une partie de l’infrastructure, ou une partie des usines. Ils en achètent trois ou quatre et, même s’il y en a une qu’ils ne veulent pas, ils achètent le lot quand même et ils se débarrassent de l’autre tout simplement», a dit M. Gélinas.

Graphic Packaging fabrique deux types de carton, soit à partir de fibres recyclées et à partir de pâte vierge. L’usine d’East Angus fabrique du carton recyclé également, mais l’usine de Saguenay fabrique du carton avec un mélange de fibre recyclée et de pâte vierge, un type qui n’est pas compris dans le catalogue de Graphic Packaging.

Le syndicat des employés croit que l’entreprise américaine n’a jamais eu l’intention de maintenir les activités de l’usine de Saguenay, mais qu’elle l’a achetée seulement parce que Cascades vendait les cinq usines en bloc.

Le syndicat souligne à cet effet que le propriétaire ne veut rien entendre de projets de relance et a refusé de convertir l’équipement pour fabriquer le même type de carton que ceux qu’il produit déjà.

«Ils nous ont dit qu’ils mettent la clé dans la porte, qu’il n’y a rien à faire et qu’il n’y aura rien à faire dans l’avenir», a laissé tomber M. Gélinas.

Il a toutefois précisé que le propriétaire évaluait à quelque 20 millions $ l’investissement requis pour la seule mise à norme du bâtiment, excluant les équipements.

«Ils nous ont dit que l’usine était en lambeaux, qu’elle était complètement scrap», a raconté le syndicaliste, tout en reconnaissant que l’usine ne paie pas de mine. «Effectivement, la bâtisse faisait pitié», a-t-il dit.

L’assemblée générale de vendredi visait d’abord à donner de l’information et à discuter des mesures d’aide aux employés, du sort de leur REER collectif et ainsi de suite.

Une autre assemblée aura lieu lundi avec le comité de reclassement et les représentants de Service Canada et d’Emploi Québec.

Un groupe d’employés demeure au travail, l’entreprise ayant demandé de concentrer tous les équipements sensibles dans une seule et même pièce pour l’hiver, de manière à ne pas avoir à chauffer tout le bâtiment.

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