Les enfants autochtones malades souffrent des désaccords entre gouvernements

Une étude démontre que les enfants autochtones ont souvent accès à des soins de santé de moindre qualité que les autres enfants en raison de disputes entre gouvernements quant à la responsabilité financière pour ces soins.

La professeure Vandna Sinha de l’Université McGill affirme qu’il est difficile de quantifier le problème parce que personne n’en fait le suivi.

Mais elle ajoute qu’un sondage mené auprès d’intervenants de première ligne a permis de rassembler une foule d’histoires sur des enfants autochtones malades dont les dossiers sont ballottés du gouvernement fédéral au provincial en passant par les dirigeants des Premières Nations.

Le gouvernement fédéral a affirmé au Tribunal canadien des droits de la personne que de tels goulots d’étranglement n’existent pas — ou que s’ils existent, ils ne relèvent pas de la responsabilité d’Ottawa.

Le fédéral maintient que le «principe de Jordan» n’a pas été violé. Celui-ci prévoit qu’aucun enfant autochtone ne doit subir de refus ou de délais pour obtenir des soins médicaux qui seraient disponibles pour d’autres enfants en raison de batailles de juridiction. Jordan était un enfant cri du Manitoba qui est mort à l’hôpital en 2005 après que de telles disputes l’eurent empêché de passer les dernières années à la maison et d’y recevoir des soins.

«Fournissez (les soins), que vous soyez le provincial ou le fédéral et peu importe le ministère. Et réglez cela après», a déclaré David Morley, le président d’UNICEF Canada, qui a aidé à réaliser l’étude.

Celle-ci a été menée par l’Assemblée des Premières Nations, la Société canadienne de pédiatrie et plusieurs universités.

Quelque 25 travailleurs de première ligne auprès des enfants ont été interviewés.

«Chacun d’entre eux a indiqué les différences qui existaient pour l’accès aux services entre les enfants des Premières Nations et les autres», a commenté Mme Sinha.

L’étude rapporte ainsi les histoires des enfants et la façon dont ils souffrent pendant que les gouvernements se lancent la balle.

Des parents se sont vus refuser du soutien, même lorsque leur enfant devait recevoir des soins 24 h sur 24. Un nourrisson qui ne pouvait être allaité et qui était allergique à la préparation lactée pour nourrissons régulière ne pouvait obtenir de Santé Canada un autre type de préparation non allergène. Le fédéral et une province se sont disputés sur le coût d’un lit spécial pour un bébé souffrant d’un problème neurologique. Un enfant sourd ne pouvait obtenir une prothèse auditive parce que la province ne voulait pas payer pour un service sur une réserve.

Une porte-parole des Affaires autochtones à Ottawa a fait savoir par courriel que ces problèmes de juridiction au sujet du principe de Jordan n’existaient plus.

Mais Mme Sinha rapporte que les conservateurs du premier ministre Stephen Harper définissent le problème de manière si étroite qu’il disparaît en théorie. Mais pas dans la réalité, comme le démontre l’étude.