Commission Charbonneau: du financement politique tous azimuts par Roche

MONTRÉAL – André Côté, un ancien vice-président de la firme de génie Roche, a confirmé vendredi à la Commission Charbonneau que de multiples contributions ont été versées au provincial, au fédéral et au municipal. Les contributeurs étaient généralement remboursés par Roche et dans 90 pour cent des cas, il s’agissait de prête-noms.

M. Côté, qui a été un des sept associés de Roche, a affirmé que la firme a prêté des locaux à l’association libérale lors de l’élection de décembre 2008 pour qu’elle fasse de la sollicitation d’électeurs par téléphone pour Sam Hamad, aujourd’hui ministre du Travail.

M. Hamad a lui-même été vice-président de Roche.

M. Côté ignorait si le local avait été prêté ou s’il avait été loué et, si tel était le cas, si la dépense avait été déclarée par l’association libérale.

Mais du côté libéral, on a nié l’information. L’avocat du PLQ, Me Michel Décary, a laissé entendre qu’il s’agissait plutôt d’un local de Construction LPG, situé en face des bureaux de Roche à Québec. Mais M. Côté ne connaissait même pas cette entreprise.

La situation demeure donc confuse.

Selon des notes rédigées à la main par M. Côté, divers dons ont été versés aux libéraux Yves Bolduc (aujourd’hui ministre de l’Éducation) et Claude Béchard (aujourd’hui décédé), de même qu’au conservateur fédéral Christian Paradis.

De même, l’actuel maire de Montréal, Denis Coderre, a reçu un don alors qu’il était libéral fédéral.

L’actuel maire de Québec, Régis Labeaume, a reçu 500 $ pour sa campagne une fois en 2009, après que M. Côté eut été sollicité par un avocat. Il a de nouveau été sollicité en 2013, mais cette fois il a refusé de contribuer.

Nathalie Normandeau

L’ancien vice-président de Roche a aussi confirmé qu’il a participé à l’organisation d’un souper bénéfice pour l’ancienne ministre libérale Nathalie Normandeau en 2008 au restaurant Louis-Hébert, à Québec.

En fait, c’est Marc-Yvan Côté, lui aussi un ancien ministre libéral qui avait un contrat de consultant pour Roche, qui avait demandé à André Côté de recruter une vingtaine de participants pour ce souper à 1000 $ le couvert pour entendre et s’entretenir avec la ministre des Affaires municipales.

Mme Normandeau, dit-il, était «très généreuse de sa personne».

André Côté en a finalement convaincu une dizaine, «des gens qui bénéficiaient de contrats» comme des fournisseurs de tuyaux, de béton, des laboratoires. Il a procédé de la sorte pour deux années et, à chaque fois, une dizaine sont venus.

Il se rappelle le message qu’il leur livrait pour les convaincre de venir. «Écoutez, la ministre des Affaires municipales va tenir un cocktail de financement dans la région de Québec. Avec le marché qu’on a en termes d’infrastructures, je pense que ce serait bien qu’on puisse faire un genre de retour d’ascenseur en participant à ce cocktail-là.».

Les partis savaient

Roche s’est montré très généreux envers tous les partis politiques. Les tableaux déposés devant la commission font état de 404 419 $ versés au Parti libéral du Québec, 309 480 $ au Parti québécois et 15 911 $ à l’Action démocratique, entre 1998 et 2011.

M. Côté a été catégorique: dans «environ 90 pour cent» des cas, il s’agit de prête-noms qui ont été remboursés pour leurs dons à ces partis politiques _ ce qui contrevient à la loi.

Roche les remboursait de différentes façons, principalement par des bonis aux employés et de la fausse facturation à l’aide d’entreprises sous-traitantes pour dégager de l’argent comptant.

Les demandes de financement émanaient directement des partis politiques à Roche par le biais de France Michaud, qui en discutait avec Violette Trépanier, du Parti libéral, et Ginette Boivin, du Parti québécois _ deux responsables du financement.

Par ailleurs, l’ancien vice-président a également souligné que tous les partis politiques savent que l’argent donné par les employés des firmes de génie-conseil ne provient pas des poches de ces employés.

Il serait carrément «utopique» de croire que ces employés et cadres contribuent à même leurs fonds personnels, a-t-il commenté.

M. Côté a admis son «inconfort» devant cette situation. Il savait que cela était illégal et s’est souvent demandé comment ça se faisait qu’il ne se faisait pas prendre. Il s’est lui-même dit «étonné» de la passivité du Directeur général des élections.

D’ailleurs, M. Côté a été tellement sollicité que dans certains courriels internes de chez Roche déposés devant la commission, il manifeste son exaspération, même lorsqu’il s’agit d’une activité pour le premier ministre Jean Charest. «Un nouveau cocktail du premier ministre. Ils exagèrent ces libéraux», écrit-il en novembre 2007.

Interrogé à ce sujet, il a expliqué que le Parti libéral lui avait demandé «10 cartes» et qu’il en voulait après 10 autres. «C’était abusif!» s’est-il exclamé. Dans un autre courriel, il écrit que les politiciens lui «courent après».

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