Les proches de victimes de Poly dénoncent l’absence de débat sur les armes à feu

OTTAWA – Les proches de victimes du massacre de Polytechnique accusent les politiciens conservateurs d’étouffer toute question sur le contrôle des armes, chaque fois qu’on assiste à une fusillade.

Utilisant l’exemple de récents drames, Heidi Rathjen a relevé jeudi que la question du contrôle des armes à feu utilisées dans ces fusillades n’est plus débattue sur la place publique. Pire encore, ceux qui osent soulever la question se font rapidement museler.

Mardi, le maire d’Edmonton, Don Iveson, pleurant la mort d’un de ses policiers, s’est demandé si la disparition du registre des armes d’épaule n’avait pas rendu le travail des policiers plus dangereux. Rabroué par le ministre fédéral de la Justice, le maire s’est rétracté et excusé.

Mercredi, le ministre Peter MacKay sermonnait encore le maire Iveson.

Parler de contrôle des armes à feu «moins de 48 heures après qu’un officier eut perdu la vie dans un geste violent est de mauvais goût», a dit le ministre MacKay à sa sortie des Communes.

«C’est de mauvais goût quand on parle du contrôle des armes, mais c’est jamais de mauvais goût quand on parle de terrorisme ou des choses qui sont à l’agenda du gouvernement», s’est indignée Mme Rathjen, au cours d’un point de presse jeudi après-midi, à Ottawa.

Elle rappelle que mardi, pendant que le ministre MacKay reprochait au maire de ne pas respecter la douleur de la famille de la victime, son collègue à la Sécurité publique, Steven Blaney, ne se gênait pas pour faire un lien entre la fusillade et sa loi C-51 qui, d’après lui, pourrait prévenir ce genre de geste en identifiant les extrémistes.

Selon elle, afin «d’étouffer toute question ou débat sur le contrôle des armes» chaque fois qu’une arme à feu est utilisée dans des meurtres très médiatisés, les conservateurs et le lobby des armes utilisent «des tactiques d’intimidation».

Son groupe, Polysesouvient, s’était déplacé à Ottawa pour témoigner devant un comité sénatorial sur le point d’approuver une autre loi — C-42 — qui dilue un peu plus encore le contrôle des armes.

Mme Rathjen dit constater qu’à cause de l’arrivée des conservateurs au pouvoir, il y a moins de contrôle sur les armes à feu maintenant qu’au moment de la tragédie de Polytechnique, il y a 25 ans.

Sa critique est reprise par Suzanne Laplante-Edward, mère d’une des 14 femmes tuées dans le massacre de Polytechnique. «Ça fait 25 ans qu’on se promène à Ottawa», a dit la femme visiblement émue. «Vingt-cinq ans, qu’est-ce que je fais ici moi aujourd’hui? Je me demande bien. (…) Il y a eu un gouvernement conservateur et eux ils ont tout, mais tout détruit», s’est-elle désolée.

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