Les quarts de travail sur appel en vente et service dans la mire des syndicats

TORONTO – La précarité montante de l’emploi au Canada, principalement dans les secteurs de la vente au détail et du service, a donné naissance à des pratiques de travail qui soulèvent des questions — et celles-ci enragent les défenseurs des travailleurs.

Dans leur ligne de mire: les quarts de travail «sur appel», une pratique qui exige d’un employé à l’horaire qu’il téléphone à son travail avant le début de son quart pour savoir s’il doit se rendre au boulot ou non.

Un avocat en droit du travail de Toronto, Andrew Langille, qualifie cette pratique de troublante, car elle peut plonger les gens dans l’instabilité financière. Selon lui, c’est un problème grandissant pour les employés âgés dans la vingtaine et la trentaine, qui représentent une part importante des travailleurs de la vente et du service.

Les États-Unis ont récemment soulevé le problème publiquement, ce qui a amené des compagnies comme Gap, Abercrombie & Fitch et Victoria’s Secret à abolir les quarts de travail sur appel.

Au Canada, ce progrès n’est pas encore fait, mais il y a de l’espoir.

Cet été, Unifor, le syndicat qui représente notamment les employés des épiceries Metro dans la grande région de Toronto, a conclu une entente avec la partie patronale pour assurer des horaires prévisibles. Les employés à temps partiel cumulant un an d’ancienneté ont aussi droit à un minimum de 15 heures par semaine.

Un projet pilote est également en cours dans les 60 succursales des marchés Great Food and Superstores, qui appartiennent à Loblaw, pour assurer aux employés des heures plus stables et des horaires fournis plus d’avance.

Mais ce n’est pas le cas dans toutes les épiceries Loblaw, où des employés doivent mettre en attente leur vie personnelle, scolaire et familiale pour satisfaire l’employeur.

Une employée d’une succursale ontarienne, qui a requis l’anonymat par crainte de perdre son emploi, affirme que la pression s’est maintenant déplacée sur les nouveaux employés. Ses patrons exigent qu’elle garde toutes ses fins de semaine libres, du vendredi au dimanche, juste au cas où ils auraient besoin d’elle. Or, sur l’horaire, il arrive qu’elle n’ait que quatre heures sur ces trois jours. Ce sont son mari et son fils de dix ans qui en souffrent, se désole-t-elle.

Précarité et récession

Le gouvernement libéral de l’Ontario a réagi aux nombreuses plaintes en mettant sur pied un comité de révision des lois du travail. Un rapport partiel est devrait être publié au début de l’année prochaine.

Il est très attendu par Emily Norgang, chercheure au Congrès du travail du Canada, un organisme qui regroupe des syndicats et d’autres groupes d’intérêt. «Sur les nouveaux emplois créés depuis cinq ans, plus de la moitié sont précaires», rapporte-t-elle.

«La récession a vraiment empiré la situation. Nous avons maintenant un bassin de travailleurs sans emploi, et il est donc beaucoup plus facile pour les employeurs d’embaucher trop de gens et de les garder sur appel.»

Les quarts de travail sur appel sont communs dans les restaurants et les épiceries, mais les entreprises ne sont pas tenues de révéler aux autorités si elles utilisent, ou non, cette pratique. Il est donc difficile de chiffrer le phénomène.

Si une tendance positive vers des horaires de travail plus prévisibles s’observe, on ignore comment les employeurs s’y adapteront. Selon l’analyste en vente au détail Brynn Winegard, l’industrie s’est habituée à ajuster le nombre d’employés en fonction des périodes d’achalandage.

«S’ils ne peuvent appeler de nouveaux employés pour répondre à la demande, ou renvoyer des employés à la maison, ils devront se résoudre à avoir moins d’employés par souci d’économie», explique-t-elle.

«Je pense que nous allons voir beaucoup plus de commerces avec un manque de personnel.»

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