Les sécheresses plus dommageables dans les fermes des pays développés

VANCOUVER – Une nouvelle étude laisse croire que les fermes de pays développés seraient plus vulnérables aux sécheresses, plus longues et plus intenses prédites par les experts dans la foulée des changements climatiques, que celles de pays plus pauvres.

Les fermes des pays développés ont un niveau de production très élevé dans un climat stable, mais elles sont probablement plus sensibles aux chocs climatiques, a expliqué Navin Ramankutty, de l’Université de la Colombie-Britannique, coauteur de l’étude publiée mercredi dans la revue scientifique «Nature».

M. Ramankutty et ses collègues ont examiné les données des Nations unies sur les cultures dans 177 pays entre 1964 et 2007. Ils ont ensuite croisé les données de la production avec celles de 2800 situations de températures extrêmes recensées pendant cette période — dont les vagues de chaleur, les sécheresses, les vagues de froid et les inondations.

Les chercheurs ont découvert que ce sont les sécheresses qui avaient le plus d’impact sur la production. Mais, à leur «grande surprise», les données ont permis de conclure que les fermes en Amérique du Nord, en Europe et en Australie avaient été beaucoup plus affectées que celles dans les pays en voie de développement.

Dans les pays riches, la sécheresse a réduit la production en moyenne de près de 20 pour cent, tandis qu’en Afrique, par exemple, la baisse était d’un peu plus de neuf pour cent. En Amérique du Sud, la sécheresse n’a eu aucun effet.

En général, partout dans le monde, la sécheresse a diminué la production en moyenne de 9 à 10 pour cent.

M. Ramankutty estime que ces écarts pourraient s’expliquer par les méthodes d’agriculture pratiquées dans les pays développés — d’une ampleur large, et caractérisées par l’exploitation de grands territoires pour cultiver un seul produit.

Dans les autres pays, les champs sont généralement plus petits et on y cultive plusieurs produits, ce qui peut donner plus de «résilience» à la terre. «Dans la plupart des pays en développement, les terres agricoles sont plutôt une mosaïque de champs de petite taille qui accueillent diverses cultures. En cas de sécheresse, certaines récoltes seront peut-être ravagées, mais d’autres survivront», a précisé Corey Lesk, coauteur de l’étude et récent diplômé du Département de géographie de l’Université McGill.

Les fermiers de l’Ouest devraient peut-être commencer à songer à d’autres moyens pour cultiver leurs terres alors que le climat devient de moins en moins prévisible, selon M. Ramankutty.

Les scientifiques répètent depuis longtemps que des sécheresses plus fréquentes et plus sévères résulteraient des changements climatiques. Les chercheurs ont d’ailleurs déjà conclu que le phénomène est au moins en partie responsable des sécheresses de 2014 en Californie, en Afrique et au Moyen-Orient.

Les militaires des États-Unis et du Royaume-Uni prennent cet enjeu très au sérieux; ils ont déjà rédigé des documents stratégiques pour planifier leur réponse aux événements météorologiques extrêmes comme les sécheresses.

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