Les soeurs Bélanger sont mortes intoxiquées, vraisemblablement par un pesticide

MONTRÉAL – La cause probable du décès des deux soeurs Bélanger, retrouvées sans vie dans un hôtel thaïlandais en juin 2012, serait une intoxication à la phosphine, un puissant pesticide, croit la coroner Renée Roussel.

Elle a présenté lundi matin les conclusions de son enquête sur la mort d’Audrey, 20 ans, et Noémi, 26 ans. Les deux soeurs Bélanger, qui effectuaient alors un voyage d’un mois en Asie, sont originaires de Pohénégamook, dans le Bas-Saint-Laurent.

Aucune trace de phosphine n’a été décelée dans leur sang ou leurs organes vitaux. Mais la substance ne laissant aucune trace, sauf parfois des lésions au cerveau par manque d’oxygène, qui ont été notées ici chez les deux soeurs, elle est ainsi le suspect numéro un dans ce double décès.

Des autopsies ont été réalisées à Bangkok le 19 juin, soit quatre jours après leur décès, et n’ont révélé aucune trace de violence ou de blessures pouvant expliquer le décès, écrit la coroner dans son rapport. Il est toutefois évident qu’elles avaient vomi.

Les pathologistes thaïlandais ont conclu, à partir des échantillons biologiques et des prélèvements de leur chambre d’hôtel, que le diéthyltoluamide (DEET) serait responsable de leur décès, un produit chimique utilisé pour se débarrasser des insectes. Il serait «couramment utilisé au Canada et dans le monde».

Mme Roussel n’est pas d’accord avec cette conclusion du médecin légiste thaïlandais quant à la substance en cause, à savoir le DEET. «La concentration notée dans le rapport thaïlandais n’est pas du tout toxique et encore moins mortelle», explique-t-elle.

Le fait que les deux sœurs ont été très malades en même temps et qu’elles semblent avoir présenté les mêmes symptômes porte toutefois la coroner à croire qu’elles ont souffert du même problème de santé, fort probablement une intoxication.

Malgré des tests toxicologiques plus que détaillés, seules des traces de DEET et de proguanil ont été détectées au final. Dans ce dernier cas, il s’agit d’un produit contre le paludisme acheté par les deux jeunes femmes avant leur départ. «La recherche s’est avérée négative pour de très nombreux médicaments et drogues. Elle a également été infructueuse pour plus de 32 métaux inorganiques, plus de 67 produits volatils et plus de 700 autres substances parmi les fongicides, insecticides, herbicides et pesticides, dont la phosphine», est-il détaillé dans le rapport de la coroner.

Et s’il s’agissait de quelque chose qu’elles avaient bu ou mangé, il y aurait des traces dans leur corps, indique la coroner.

La phosphine, un pesticide, est toutefois montrée du doigt. Selon des toxicologues, «peu de substances ont la capacité de tuer rapidement en ne laissant pratiquement aucune trace dans l’environnement ou dans l’organisme», a relevé la coroner.

La phosphine fait partie de ce groupe restreint. Il n’y en a pas beaucoup, a dit la coroner.

Le produit est aussi peu dispendieux, très efficace et, semble-t-il, largement disponible en Asie.

«La phosphine est un pesticide qui tue tout ce qui vit, tout ce qui respire», peut-on lire dans le rapport. Officiellement, la phosphine serait interdite pour la fumigation des chambres d’hôtel en Thaïlande, mais dans les faits, il se pourrait qu’on en fasse quand même l’usage, note Mme Roussel.

De plus, depuis 2009, une vingtaine de touristes occidentaux sont décédés dans des circonstances similaires dans des pays en Asie du Sud-Est, dont deux dans l’archipel des îles Phi Phi en 2009 après avoir présenté les mêmes signes et symptômes que les soeurs Bélanger. Ces décès n’ont jamais été expliqués mais les autorités des pays des ressortissants tendent tous à incriminer de plus en plus la phosphine.

«La science ne permet pas de confirmer notre conclusion hors de tout doute», a reconnu toutefois la coroner, en conférence de presse, lundi, à Rivière-du-Loup.

Les parents des jeunes femmes étaient dans la salle. La coroner a indiqué qu’ils tenaient à être présents «pour tourner la page et poursuivre leur deuil en privé».

Pour prévenir le décès d’autres personnes, la coroner Roussel recommande au Comité consultatif québécois sur la santé des voyageurs de l’Institut national de santé publique du Québec de se pencher sur l’élaboration de mesures visant la sensibilisation aux dangers mortels que peuvent constituer certains pesticides dans les hôtels, et à la façon de les reconnaître et de s’en prémunir.