L’ex-députée bloquiste Francine Lalonde est décédée des suites d’un cancer

OTTAWA – L’ex-députée bloquiste Francine Lalonde, qui a lutté pendant des années pour le droit de mourir dignement, est décédée dans la nuit de vendredi.

L’ancienne syndicaliste a perdu un long combat contre un cancer, le myélome multiple, diagnostiqué il y a quelques années et pour lequel elle avait subi de nombreux traitements dont une autogreffe de cellules souches. Elle était âgée de 73 ans.

Elle avait annoncé son retrait de la vie politique en septembre 2010, après une rechute de la maladie.

Originaire de Saint-Hyacinthe, en Montérégie, Mme Lalonde a d’abord été enseignante d’histoire et de latin avant de joindre les rangs de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) comme directrice de l’information et présidente du secteur cégep, à la fin des années 1960.

En près de 15 ans dans le mouvement, elle a notamment été présidente de la Fédération des enseignants et enseignantes du Québec, responsable des fédérations du secteur privé et première vice-présidente de la CSN. Elle a quitté l’organisation en 1984 après s’être brouillée avec la direction dont elle ne partageait plus l’idéologie.

Le premier ministre René Lévesque la recrute alors comme ministre non élue de la Condition féminine en janvier 1985. Elle démissionne cependant de son poste après avoir échoué à battre Robert Bourassa à l’élection complémentaire dans la circonscription de Bertrand, en juin de la même année.

Même si sa présence au sein du cabinet Lévesque a été de courte durée, Francine Lalonde a réussi à se tailler une place au sein de la garde rapprochée du premier ministre, qui traverse à l’époque une grave crise personnelle, découlant entre autres de l’échec référendaire de 1980 et du rapatriement de la Constitution sans l’accord du Québec en 1982.

Le saut à Ottawa

Cette femme de caractère a fait le saut en politique fédérale avec le Bloc québécois à l’élection générale de 1993. Elle a été réélue à cinq reprises, d’abord dans le comté montréalais de Mercier puis dans celui de Pointe-de-l’Île, aux élections de 1997, 2000, 2004, 2006 et 2008, ce qui faisait d’elle un des piliers du parti.

Ses chefs, Lucien Bouchard, Michel Gauthier et Gilles Duceppe, lui ont tous confié des responsabilités au sein de leur cabinet fantôme. Au fil des ans, elle s’est occupée de ressources humaines, d’Industrie et surtout d’affaires étrangères.

On l’a entre autres entendue défendre les causes de la Canadienne Nathalie Morin, retenue en Arabie saoudite par son époux, ainsi que celle du jeune Omar Khadr, terroriste présumé et longtemps prisonnier sur la base de Guantanamo.

Elle avait entrepris en 2005 de faire légaliser le suicide assisté au nom du «droit à mourir dignement». En entrevue à La Presse Canadienne, elle expliquait que sa démarche relevait d’abord et avant tout d’une conviction profonde et d’un «besoin de justice». C’était avant de savoir qu’elle était atteinte d’un cancer incurable et très douloureux.

Son projet de loi d’initiative parlementaire visant à permettre aux personnes souffrant d’une maladie en phase terminale de mourir sans souffrir, avec l’aide d’un médecin, a été rejeté en première lecture par une majorité de députés à la Chambre des communes au printemps 2010.

Son courageux combat contre la maladie et sa détermination à demeurer au service du public faisaient cependant l’unanimité et lui valaient l’admiration de ses collègues à Ottawa comme dans sa circonscription.

Souverainiste pragmatique, Francine Lalonde soutenait que son option serait bonne non seulement pour le Québec mais aussi pour le Canada. «On cesserait de se disputer et nous pourrions travailler en collaboration», expliquait-elle.

Joint vendredi, l’ex-chef bloquiste Gilles Duceppe s’est dit très triste du décès de la politicienne, «une femme admirable», qui était aussi une amie.

«C’est une combattante, pour la souveraineté, bien sûr, mais ça fait neuf ans qu’elle combattait le cancer. Elle a surmonté des obstacles incroyables pendant toutes ces années», a-t-il déclaré.

Il a souligné l’immense travail qu’elle a accompli sur la scène internationale. «C’est sûrement la souverainiste qui a fait le plus au niveau international et qui a établi le plus grand nombre de contacts», s’est rappelé l’ancien chef.

Questionné sur l’oeuvre politique de Mme Lalonde, Gilles Duceppe a fait valoir qu’elle a réussi à formuler la lutte pour la souveraineté de façon très positive et avec beaucoup de dignité.

Pour la première ministre Pauline Marois, Francine Lalonde «était une militante exemplaire, une femme de convictions, une femme qui a beaucoup apporté au Québec».

Elle a fait avancer des causes qui connaissent maintenant leur aboutissement, a-t-elle ajouté, en référence à ses efforts pour le droit de mourir dans la dignité, alors que le gouvernement péquiste vient de déposer un projet de loi qui permettrait l’aide au suicide dans des circonstances bien précises.

Le premier ministre Stephen Harper a transmis ses «condoléances à la famille et aux amis de Francine Lalonde» par le biais de son compte Twitter.

Quant au Nouveau Parti démocratique (NPD), il a tenu à exprimer un hommage à la politicienne, par la voix d’Ève Péclet, qui est l’actuelle députée de la circonscription de Pointe-de-l’Île.

«C’est une députée qui a travaillé d’arrache-pied pendant 18 ans à la Chambre des communes pour les gens de la Pointe-de-l’Île», a souligné Mme Péclet. Ils étaient très attachés à elle, a-t-elle ajouté.

Pour la CSN, Mme Lalonde a été une militante qui demeurera une «source d’inspiration».

En 1976, elle est devenue la première vice-présidente de la CSN et première femme à accéder au comité exécutif de la CSN, responsable des négociations du secteur public québécois lors du deuxième front commun syndical, moment charnière dans l’histoire syndicale au Québec, a rappelé le syndicat par communiqué.