Une démission relance le débat sur les primes de départ

QUÉBEC – Le départ d’un quatrième député libéral relance le débat sur les primes de départ: Philippe Couillard propose une loi qui les abolirait rapidement, mais qui réformerait la rémunération globale des élus plus tard, au début du prochain mandat.

Faute d’une entente entre les partis sur cet enjeu, le premier ministre offre une réforme à la pièce, mais toujours sur la base du rapport L’Heureux-Dubé.

C’est la démission du député de Beauce-Sud, Robert Dutil, annoncée mardi matin, qui a relancé le débat. Il est le quatrième élu libéral à quitter le navire en seulement 17 mois de règne, et le huitième député de cette législature en comptant les démissions au sein des autres partis.

En point de presse au côté de son collègue démissionnaire, Philippe Couillard a ouvert son jeu sur la piste de compromis proposée par les libéraux aux autres formations concernant ce qui est désigné officiellement comme une «allocation de transition».

«On est prêt à discuter de date d’entrée en vigueur différente (de la loi), pour la question des primes de départ, qui pourrait être réglée très rapidement, et des autres questions qui doivent également être discutées», a dit le premier ministre.

Puis, il a été plus explicite. L’allocation de transition pourrait donc être abolie dès la sanction d’une loi sur la rémunération des députés qui règlerait la question une fois pour toutes. Les autres mesures qu’elle contient, régime de retraite, etc., entreraient en vigueur au prochain mandat, en 2018.

«Je suis prêt à ce qu’on agisse plus rapidement pour les primes de départ, mais il faut également parler du reste. Parce qu’une fois qu’on aura réglé les primes, on va nous demander un projet de loi sur les régimes de retraites. Une fois qu’on aura réglé les retraites, on va nous demander un projet de loi sur les primes non imposables», a dit M. Couillard.

Les libéraux sont favorables à la mise en oeuvre du rapport du comité sur la rémunération des élus présidé par l’ex-juge Claire L’Heureux-Dubé, qui plaidait pour l’élimination des primes, mais en contrepartie d’une hausse des salaires des élus.

De leur côté, le Parti québécois comme la Coalition avenir Québec réclament la fin immédiate des allocations de transition. Mais pour avancer, ce dossier requiert l’accord de toutes les formations.

Les péquistes ont d’ailleurs déposé une motion, mardi, pour demander de mettre fin aux allocations de transition, mais les libéraux ont refusé d’en débattre, en raison d’un désaccord sur le libellé. Le leader parlementaire du gouvernement, Jean-Marc Fournier, soutient qu’il aurait fallu mentionner le rapport L’Heureux-Dubé dans le texte et il soupçonne les partis d’opposition de ne plus cautionner ce rapport.

À la démission de son ministre de l’Éducation, Yves Bolduc, qui avait touché une prime de départ généreuse de 150 000 $, en février, le premier ministre avait dit qu’il n’aimait pas cela et que cette pratique devait cesser. Cependant, à sa démission en 2008 comme ministre de la Santé, M. Couillard avait lui-même touché une prime de départ.

Il y a quelques semaines, la députée libérale Marguerite Blais avait annoncé son départ, de même que son collègue Gilles Ouimet. Elle allait toucher une allocation de 150 000 $, tandis que lui allait encaisser 56 000 $.

Les quatre députés démissionnaires de l’opposition, Élaine Zakaïb, Christian Dubé, Gérard Deltell et Marjolain Dufour, ont tous renoncé à leur allocation.

Fait à noter, Robert Dutil a indiqué qu’il touchait sa prime de départ, mais qu’il en fera don à une maison de soins palliatifs de sa circonscription.

Dans une conférence de presse, il a annoncé qu’il mettait fin à une carrière politique entamée il y a 30 ans, en 1985. Ce vétéran de l’Assemblée nationale devient vice-président principal de l’entreprise beauceronne Canam-ponts, pour laquelle il a déjà travaillé.

Il a dû justifier sa démission si subite. Le carnet de commandes est si chargé qu’on a fait appel à ses services très récemment et il a fallu 48 heures pour qu’il décide de plonger, a-t-il expliqué.

«C’est devenu la plus grosse entreprise de ponts au Canada et la troisième en Amérique du Nord, a-t-il dit dans un point de presse. C’est évident que dans ce genre de situation, cela prend du management, des gens expérimentés, alors ils m’ont demandé de venir donner un coup de main.»

M. Dutil a eu une longue carrière politique et été plusieurs fois ministre, et même leader parlementaire, mais le premier ministre Couillard ne lui avait pas fait de place dans son cabinet.

Robert Dutil a été élu pour la première fois au scrutin de décembre 1985, lors du retour au pouvoir de Robert Bourassa. Il a détenu plusieurs portefeuilles sous son règne, dont celui de ministre délégué à la Santé et de ministre des Communications.

Il ne s’est pas représenté aux élections de 1994 et pendant un intermède de 14 ans, il est allé travailler en entreprise privée, notamment chez Canam.

Il a fait un retour en politique aux élections de 2008, sous Jean Charest, qui lui a confié des mandats importants, notamment celui de ministre de la Sécurité publique et de leader parlementaire.

Une élection complémentaire devra être déclenchée dans les six prochains mois pour combler le siège de Beauce-Sud.

Cette circonscription vote libéral depuis des décennies, sauf en 2007, quand l’ADQ a remporté l’élection, jusqu’au moment où Robert Dutil a fait son retour en politique au scrutin de 2008.