L’exploitation des sables bitumineux a ses limites, selon une nouvelle étude

MONTRÉAL – Puisque le réseau d’oléoducs est presque rendu à pleine capacité, l’opposition citoyenne à la construction de nouveaux pipelines rend l’expansion des sables bitumineux non viable, fait notamment valoir une étude dévoilée mardi.

Celle-ci, réalisée par le groupe environnemental Oil Change International, une organisation non gouvernementale américaine, à laquelle a participé l’organisme québécois Équiterre, a calculé la capacité des pipelines trouvant leur source en Alberta. Elle vise aussi à démontrer le lien entre leur capacité et les projets visant à accroître l’exploitation des sables bitumineux.

En ce moment, le réseau d’oléoducs fonctionne à 89 pour cent de sa capacité et les auteurs de l’étude notent que dès 2017, «la production excédera la capacité».

Et à long terme, le nombre actuel de pipelines et les trains ne permettront pas d’exploiter toute la quantité de sables bitumineux, selon les chercheurs de l’étude intitulée «Gardons sous terre: un terme à la croissance des sables bitumineux».

Car il n’y a pas d’intérêt pour les entreprises à extraire le pétrole des sables bitumineux si celui-ci ne peut être exporté, par manque de pipelines. Quant au transport par train, il serait trop coûteux pour constituer une solution de rechange viable.

C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles l’industrie est si désespérée de construire de nouveaux oléoducs, a souligné le porte-parole du groupe Oil Change International, Greg Muttitt.

Et si leur construction pouvait être une solution, l’industrie risque de se buter à une levée de boucliers comme pour plusieurs projets qui sont en suspens actuellement, dont Énergie Est et Northern Gateway. Dans le cas de Keystone XL — un projet transfrontalier qui acheminerait le pétrole canadien aux États-Unis — le président américain lui-même devra donner son aval.

«L’opposition aux pipelines a créé une situation où aucun nouveau projet de sables bitumineux ne peut être développé», conclut l’étude.

Les citoyens ont réussi à stopper, ou du moins à retarder l’expansion de cette «catastrophe environnementale», juge Steven Guilbeault, directeur principal d’Équiterre.

Selon l’étude, même en apportant des modifications au réseau comme souhaite le faire Enbridge, par exemple, pour accroître la capacité d’exploitation, l’industrie atteindra ses limites; on ne fera que reporter l’échéance à 2019, est-il noté dans l’étude.

Ainsi, les auteurs suggèrent que l’industrie est vouée à une croissance nulle — et s’en réjouissent.

Les auteurs de l’étude mentionnent que les émissions de GES évitées par la non-croissance du secteur correspondent à 34,6 gigatonnes de CO2, soit l’équivalent de 232 centrales au charbon fonctionnant pendant 40 ans.

M. Guilbeault place beaucoup d’espoir envers le premier ministre désigné Justin Trudeau. Il rappelle des propos qu’il a tenus en campagne électorale à l’effet que les gouvernements accordent peut-être des permis, mais que c’est à la population de donner sa permission.

M. Trudeau s’est de plus engagé à revoir les lois d’évaluation environnementale pour de tels projets.

Entre les modifications législatives, l’évaluation environnementale des projets et la construction des pipelines, quelques années se seront écoulées, calcule M. Guilbeault.

«De facto, ce à quoi nous assistons, c’est la mise en place d’un moratoire sur l’exploitation des sables bitumineux», avance-t-il.

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