L’homosexualité de Wynne a été complètement évacuée de la campagne en Ontario

TORONTO – L’orientation sexuelle de Kathleen Wynne n’était pas dans l’esprit des électeurs durant la campagne qui a mené à son couronnement en tant que première chef du gouvernement ontarien ouvertement lesbienne, une situation que des observateurs attribuent à l’attitude de Mme Wynne et du public.

Il y a seulement quelques années, une telle candidature aurait provoqué des commentaires désobligeants et des attaques virulentes, mais cette fois-ci, l’homosexualité de la chef du Parti libéral ontarien a été complètement évacuée de la campagne, souligne Graham White, professeur de science politique à l’université de Toronto.

Selon M. White, qui vit dans la circonscription torontoise représentée par Mme Wynne, cela représente un changement remarquable par rapport à la situation qui prévalait il y a 10 ou 15 ans.

Il pense que cela s’explique par le fait que la population ontarienne devient plus tolérante à force de voir des personnalités publiques vivre ouvertement leur homosexualité.

Maura Lawless, directrice du centre communautaire 519 Church Street, qui travaille avec la communauté lesbienne, gaie, bisexuelle et transgenre (LGBT) de Toronto, estime que l’élection de Mme Wynne montre que les citoyens sont de plus en plus ouverts à évaluer les capacités d’une personne plutôt que de se limiter à son orientation sexuelle ou à son identité de genre.

Cette situation montre à quel point les Ontariens sont progressistes, en acceptant que les personnes LGBT sont elles aussi des membres à part entière de la société et peuvent occuper d’importants postes de direction.

D’autres pensent que le choix de Mme Wynne de ne pas faire de son orientation sexuelle un élément central de son image a contribué à écarter le sujet du discours public.

«Cela n’a jamais été le point central de ce qu’elle est», souligne Andrea Houston, une ancienne reporter de la publication Xtra!, qui fait partie de l’organisation médiatique gaie Pink Triangle Press.

«Cela l’a clairement positionnée en tant que puissante chef de gouvernement, par opposition à « leader gaie » ou « première ministre gaie », et c’est une stratégie incroyablement astucieuse», a estimé M. Houston, qui s’exprime souvent en public sur les questions liées aux droits des homosexuels.

Le fait que les chefs des trois principaux partis ontariens aient limité les attaques personnelles durant la campagne a probablement permis d’élever le niveau du débat public, estime la conseillère municipale Kristyn Wong-Tam, qui est devenue, en 2010, la première membre ouvertement homosexuelle du conseil municipal de Toronto.

«Je ne pense pas que ce soit le nirvana, mais je suis très heureuse que durant cette campagne, les gens aient été fermes, disciplinés mais respectueux dans leurs propos, a-t-elle dit. Le ton a été donné d’en haut.»

Mais Mme Wong-Tam affirme que rien ne garantit que les choses se passeront toujours aussi bien dans l’avenir. «Il y aura encore des campagnes électorales qui divisent et dans lesquelles des gens voudront ramener les questions touchant à la sexualité et à l’orientation sexuelle des candidats.»