Loi anti-briseurs de grève: Ouellet affirme que PKP l’a apostrophée

QUÉBEC – La candidate à la direction du Parti québécois Martine Ouellet a déclaré mardi que le favori dans la course, Pierre Karl Péladeau, l’avait apostrophée d’une manière jamais vue parce qu’il était mécontent d’avoir été questionné au sujet des dispositions anti-briseurs de grève.

Mme Ouellet a expliqué que M. Péladeau s’était plaint de ses interventions lors du premier débat des candidats à Trois-Rivières, en mars, où il avait eu de la difficulté à répondre à ses adversaires.

Selon la candidate, durant cet échange, survenu lors d’un événement dans un cinéma de Montréal deux jours après le débat, M. Péladeau lui a parlé sur un ton inhabituel dans la sphère politique.

Mme Ouellet a affirmé qu’elle ne s’est toutefois pas sentie intimidée par M. Péladeau, qui jugeait déplacée sa question sur sa position face à un projet de loi déposé par le député péquiste Guy Leclair en 2010, alors que le PQ était dans l’opposition.

«Il n’était pas très content que je lui ai posé des questions sur le Code du travail et sur la loi de Guy Leclair sur les modifications des dispositions anti-briseurs de grève», a-t-elle dit.

Lundi, un autre candidat dans la course, Pierre Céré, a évoqué les colères de M. Péladeau, en affirmant qu’il n’avait pas été le seul à être la cible de propos intimidants de la part du favori.

En se rendant à une réunion du caucus péquiste, mardi, M. Péladeau a rejeté les propos de M. Céré et de Mme Ouellet, tout en reconnaissant que son caractère passionné peut donner lieu à des sautes d’humeur.

«Oui, je suis un être humain et ça peut m’arriver d’être passionné, a-t-il dit. Oui, j’ai une passion pour le Québec et c’est la raison pour laquelle je me suis engagé en politique, pour faire du Québec un pays.»

Mme Ouellet a raconté que M. Péladeau s’était adressé à elle à l’occasion de la projection d’un documentaire sur l’évasion fiscale, sans toutefois dire qu’elle avait été intimidée.

«Je dirais plus apostrophée, c’était suite au débat de Trois-Rivières», a-t-elle dit aux journalistes.

Tout en soulignant que le ton est généralement satisfaisant dans le cadre de la course, Mme Ouellet a affirmé que personne ne s’était adressé à elle de cette façon depuis qu’elle est en politique.

«Non pas comme ça, a-t-elle dit. Mais la course est conviviale.»

M. Péladeau s’est étonné des affirmations de Mme Ouellet, en rappelant qu’il avait pris sa défense lorsqu’elle s’est récemment plainte que deux ministres libéraux tenaient des propos intimidants en Chambre.

«Moi je lui ai parlé tout à fait normalement, c’est son interprétation, j’ai été très poli, a-t-il dit. C’est d’ailleurs assez étonnant de la part de Martine, car vous savez probablement que je me suis porté à sa défense lorsqu’elle a fait une sortie, il y a une dizaine de jours, contre l’intimidation du ministre (Robert) Poëti. J’ai fait une publication (sur Facebook) à cet égard-là.»

Concernant les propos de M. Céré à propos de l’intimidation d’autres candidats, M. Péladeau a insisté sur les démentis d’un autre candidat, Alexandre Cloutier, et de Bernard Drainville, qui s’est rallié au favori.

«J’ai compris que M. Céré s’est épanché beaucoup dans les médias (lundi), à la radio, a-t-il dit. Alors je comprends qu’Alexandre Cloutier et Bernard Drainville, tous les deux dans la course, ont dit que ça n’avait pas été le cas.»

Alexandre Cloutier, lui aussi candidat à la direction du PQ, a affirmé qu’il n’avait jamais été la cible d’attaques de M. Péladeau et qu’il n’avait jamais été témoin de ses débordements.

M. Cloutier a néanmoins constaté que «les esprits s’échauffent» parfois dans la course, dont les résultats du premier tour de scrutin seront connus le 15 mai.

«Est-ce qu’après des débats, ou après avoir été hués, ou après avoir eu des discussions qui parfois peuvent être plus animées, c’est tout à fait normal dans le cadre d’une course au leadership, a-t-il dit. C’est arrivé, malheureusement, mais ça fait partie de la vie démocratique dans une formation politique.»

M. Drainville avait été hué, lors du débat des candidats à Québec, après s’en être pris à M. Péladeau. À Saguenay, c’est M. Péladeau qui avait été hué quand il a fermé la porte à des modifications aux dispositions anti-briseurs de grève.

Le leader parlementaire libéral Jean-Marc Fournier s’est inquiété du traitement qui serait réservé aux adversaires politiques de M. Péladeau compte tenu de ses réactions «agressives et colériques» envers ceux qui sont dans son propre parti.

«Il a dépassé les bornes, a-t-il dit. Il est incapable de contrôler ses pulsions agressives. L’État Péladeau, c’est non merci.»

M. Fournier a également pointé vers la page Facebook de M. Péladeau, où il attaque parfois ses adversaires, dont le premier ministre Philippe Couillard.

«Les écritures qu’il commet lui-même sur son Facebook sont d’un degré de bassesse jamais vu», a-t-il dit.

La députée péquiste Diane Lamarre, qui appuie M. Péladeau, a affirmé que les situations d’intimidation se retrouvent dans le camp libéral, dont le ministre de la Santé, Gaétan Barrette.

«On déplore depuis longtemps la façon dont le ministre de la Santé réagit, où il commente toujours mon intervention, a-t-elle dit. Il parle de moi avant de répondre à l’intervention. Je ne comprends pas. Il y a une façon de faire les choses qui doit être améliorée.»