L’opposition ontarienne veut changer les lois pour les distilleurs artisanaux

TORONTO – L’ancien chef progressiste conservateur Tim Hudak souhaite changer les lois «désuètes» de la province sur l’alcool, de manière à ce que les petites distilleries reçoivent le même traitement que les brasseries artisanales et petits établissements vinicoles.

Dans sa circonscription, dans la région de Niagara, il y a des dizaines de vignerons qui peuvent vendre un verre de vin aux visiteurs de leur domaine.

Les brasseurs artisanaux font la même chose, indique M. Hudak.

Mais les lois «arriérées et dépassées» interdisent aux distillateurs d’alcool de vendre un cocktail à leurs clients sur place, bien qu’ils puissent leur vendre une bouteille complète.

Les distilleries canadiennes sont les troisièmes plus grands acheteurs de céréales de qualité alimentaire. Ils s’en procurent 225 000 tonnes par année, ainsi que 105 millions de boisseaux de maïs – soit environ 2,2 pour cent de la production canadienne annuelle – pour la production de leurs alcools.

Cette différence de traitement politique a surpris M. Hudak.

«On peut sortir de l’autoroute pour aller acheter des alcools, mais si on veut commander un Manhattan fait avec un de ces ryes locaux, la loi l’interdit, a-t-il illustré. Mais dans les brasseries et les établissements vinicoles, bien sûr qu’on peut acheter un verre.»

La loi provinciale oblige aussi les distillateurs à envoyer leurs produits au LCBO (Liquor Control Board of Ontario, la SAQ ontarienne), pour les distribuer dans les bars et restaurants. Les vignerons et brasseurs peuvent livrer directement aux bars.

Un restaurateur situé à environ cinq minutes de voiture de la distillerie Dillon’s, dans la circonscription de M. Hudak, ne peut même pas faire livrer son alcool directement au restaurant. Les bouteilles doivent être envoyées à l’entrepôt du LCBO à Toronto, puis re-livrées au restaurant.

«C’est un anachronisme», déplore le député.

Sur la vente d’une bouteille de gin de 33,50 $ dans une succursale du LCBO, le producteur reçoit environ 10 $. M. Hudak plaide pour un système de taxation «à paliers», pour abaisser les taxes gouvernementales pour les producteurs artisanaux.

Les États-Unis connaissent une explosion des petits producteurs. Toutefois, M. Hudak craint que les lois provinciales découragent une croissance semblable en Ontario.

«C’est une taxe punitive et le résultat fait que les petits producteurs ne grossiront pas et n’embaucheront pas plus de gens, et d’autres entreprises ne verront pas le jour, a-t-il affirmé. Nous avons fait des changements qui permettent la livraison directe de vin aux restaurants. Pourquoi ne peut-on faire la même chose avec les distilleries?»

Le LCBO prévoit l’émergence d’une tendance à la distillerie artisanale pour attirer l’intérêt des clients et les ventes de produits locaux. Il cherche des moyens de promouvoir ces produits.

«Nous travaillons aussi à améliorer la présentation en tablette et la visibilité des spiritueux artisanaux ontariens, en plus d’informer les clients et notre personnel sur cette industrie émergente», a expliqué la porte-parole du LCBO, Christine Bujold.

«Le LCBO soutient encore davantage les distilleries artisanales locales par le biais de programmes élaborés pour les aider à vendre leurs produits aux bars et aux restaurants.»

Le ministère des Finances a refusé de commenter les propositions de Tim Hudak, en raison d’un procès en cours impliquant le LCBO et un distillateur de Toronto.

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