L’unifolié était hissé pour la première fois il y a 50 ans, dans l’acrimonie

OTTAWA – Lorsque Lester B. Pearson a affiché sa préférence pour le nouveau drapeau canadien, en juillet 1964, dans une salle de la légion à Winnipeg, il a été accueilli par des huées, des sifflets et des quolibets de vétérans présents, qui l’ont accusé de vendre le Canada aux «pea soups» — les Canadiens français.

L’année précédente, en campagne électorale, le premier ministre libéral avait promis de remplacer le «Red Ensign» — drapeau officieux du pays, qui incorporait les armoiries du Canada et l’«Union Jack» britannique — par un drapeau propre à la fédération, qui devait bientôt fêter son centenaire, en 1967.

Alors que l’on s’apprête à célébrer dimanche le 50e anniversaire de l’unifolié, on a du mal aujourd’hui à imaginer l’acrimonie du débat suscité à l’époque par cette proposition — du moins au Canada anglais.

«C’était LE débat, le grand sujet de conversation», se rappelle la sénatrice progressiste-conservatrice Marjory LeBreton, qui travaillait à l’époque au cabinet du chef de l’opposition officielle, John Diefenbaker. Elle se souvient de l’opposition farouche des vétérans, qui avaient combattu sous le «Red Ensign» pendant les deux guerres — dont la Deuxième Guerre mondiale, seulement 20 ans plus tôt. Les jeunes, eux, y voyaient une belle occasion de modernité — un designer en herbe avait même suggéré un drapeau orné des profils de John, Paul, George et Ringo, alors que la «Beatlemania» prenait d’assaut l’Amérique.

Mais pour certains Canadiens anglais, la manoeuvre venait certainement des «pea soups», qui voulaient ainsi rompre tous liens avec la Grande-Bretagne — même si un député québécois, un certain Pierre Elliott Trudeau, leur rappelait que les Québécois n’en avaient «rien à foutre».

Quelques mois après la désastreuse présentation à Winnipeg, M. Pearson réussit quand même à convaincre une majorité de députés — 163 contre 78, dont des conservateurs — de voter en faveur de l’unifolié sélectionné par un comité d’experts, parmi des milliers de dessins soumis par les Canadiens. Mais ce n’était pas le favori du premier ministre, celui tant honni par les vétérans à Winnipeg en juillet — le «fanion de Pearson»: une branche de trois feuilles d’érable entre deux bordures bleues.

Un drapeau trop «libéral»?

Quand même: le 15 février 1965, lorsque le drapeau unifolié a été hissé pour la première fois sur la colline du parlement, le premier ministre Pearson était ému aux larmes.

John Diefenbaker, lui, pleurait de déception. Son personnel politique avait lu «des milliers et des milliers de lettres» de Canadiens qui suppliaient le chef conservateur de s’opposer au nouveau drapeau, se souvient Mme LeBreton, qui était âgée de 25 ans à l’époque, et qui appuyait cette idée que le Canada se dote de son propre drapeau — elle avait un faible pour le «fanion de Pearson».

La hargne des conservateurs contre le nouveau drapeau avait déjà disparu lors de son 25e anniversaire, lorsque le premier ministre progressiste-conservateur Brian Mulroney présidait fièrement les cérémonies sur la colline du parlement. Pour le 50e, cette année, le cabinet de Stephen Harper n’a rien dit encore sur les activités du premier ministre, dimanche. Le gouverneur général David Johnston présidera une cérémonie officielle à Ottawa, et dévoilera une plaque et un timbre commémoratifs.

La discrétion du gouvernement conservateur entourant ce 50e anniversaire a irrité certains Canadiens attachés à leur drapeau.

Le ministère du Patrimoine canadien a dépensé 50 000 $ pour marquer l’événement — alors qu’il a consacré près de 10 millions $ pour commémorer le 200e anniversaire de naissance du premier ministre conservateur John A. Macdonald et le bicentenaire de la guerre de 1812.

Certains croient que les conservateurs font preuve de basse partisanerie en ignorant des événements historiques liés aux gouvernements libéraux — l’unifolié, mais aussi, en 1982, l’adoption de la Charte canadienne des droits et libertés, une des fiertés des Canadiens, dont le 30e anniversaire il y a trois ans a été ignoré par le gouvernement Harper.

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