L’Université Laval annonce 150 mises à pied à cause des compressions de Québec

La guerre budgétaire que se livrent l’Université Laval et le ministre de l’Enseignement supérieur, François Blais, fait des victimes collatérales.

L’institution a annoncé mercredi qu’elle devra mettre à pied «plus de 150 employés de divers corps d’emploi» après avoir essuyé un refus du ministre d’accepter sa proposition comptable.

«Honnêtement, nous sommes très, très étonnés de cette décision qui nous est tombée dessus comme une roche, cette fin de non-recevoir sans aucune explication», a indiqué le vice-recteur exécutif Éric Bauce, en entrevue avec La Presse Canadienne.

La direction a été d’autant plus surprise que tout annonçait une résolution inverse, puisque des responsables gouvernementaux avaient participé à l’élaboration du plan de l’institution.

«Les signaux qu’on avait des responsables du Conseil du trésor c’était que tout va se régler, tout va bien, que cela a beaucoup de bon sens de faire ça comme ça. On ne demandait pas d’argent, notre solution était à coût nul», a ajouté M. Bauce.

Québec a imposé à l’Université Laval des compressions additionnelles de 11 millions $ dans le dernier budget, somme qui porte à 58 millions $ le total des réductions de fonds imposées à l’institution depuis un an.

La direction de l’université proposait d’absorber cette ponction en retirant certains investissements prévus dans le budget de fonctionnement — celui qui assure les activités académiques de l’université —, de les transférer dans le budget d’immobilisations et de les reporter à plus tard.

M. Bauce a expliqué que le budget de fonctionnement comprend, par exemple, 5 millions $ pour le mobilier et l’équipement, des sommes aussi pour les technologies de l’information, l’entretien des stationnements et ainsi de suite.

«Il y a plusieurs dépenses comme ça qui gonflent artificiellement le budget de fonctionnement et qui viennent grever les fonds qui nous servent à former les étudiants. Ce n’est pas normal», a-t-il dit.

«Il est plus important, dans le contexte actuel, de former nos gens, remplir notre mission, que de réparer des parkings», a-t-il fait valoir.

«Tout ce qu’on demande, c’est d’accepter que des immobilisations et des dépenses capitalisables ne soient pas payées avec nos budgets d’opération mais avec notre budget d’investissement, ce qui équivaut à mettre de l’ordre dans la comptabilité, comme ça se fait dans d’autres organismes publics», a-t-il ajouté.

M. Bauce s’est dit confiant de voir le ministre Blais se ranger à la solution proposée une fois qu’il aura pris connaissance de l’ensemble de la situation.

Sinon, dit-il, il faudra procéder aux mises à pied.

«On a déjà levé toutes les roches, toutes les compressions possibles, on n’a plus beaucoup d’autre choix que de faire des coupures massives de postes, parce qu’il n’y a plus d’autres options», a déclaré le vice-recteur.

Les tensions sont vives entre le ministre et l’université depuis quelques semaines. François Blais, tout comme son prédécesseur Yves Bolduc, a reproché à huit membres de la haute direction de l’Université Laval de s’être octroyé des avantages financiers d’après-mandat qu’il chiffre à un total de 1,4 million $ sur six ans.

La direction rétorque au contraire que les mesures combinées adoptées par l’université lui font épargner 75 000 $ par année et le président du conseil d’administration, John Porter, a même laissé entendre lors d’une entrevue au quotidien Le Soleil que le ministre s’acharnait sur l’institution parce qu’il avait échoué dans sa tentative d’en devenir le recteur lors de l’élection qui a confirmé l’actuel recteur, Denis Brière.