Côté atténue son rôle et admet que Roche a participé à des élections clé-en-main

MONTRÉAL – Du bout des lèvres, Marc-Yvan Côté, ancien vice-président de Roche, a admis mercredi que la firme de génie a participé à des élections clé-en-main dans plusieurs municipalités.

Il a aussi confirmé avoir contribué à organiser des cocktails de financement au provincial, mais seulement pour la ministre Nathalie Normandeau.

Le témoignage devant la Commission Charbonneau de l’homme politique d’expérience, qualifié de «vieux loup» par le commissaire Renaud Lachance, a été laborieux. Rompu aux débats à l’Assemblée nationale, celui qui a été ministre libéral pendant neuf ans a été réticent à admettre plusieurs faits.

C’est après maintes nuances, par exemple, qu’il a avoué que Roche se trouvait à avoir participé à l’organisation d’élections clé-en-main au palier municipal, puisque la firme remboursait sciemment les factures du consultant Gilles Cloutier, qui, lui, organisait des élections clé-en-main en donnant de l’argent au candidat qu’il favorisait.

M. Côté répétait que ce n’était pas Roche qui avait organisé des élections clé-en-main, mais Gilles Cloutier dont les factures avaient été payées par Roche.

Le commissaire Lachance, irrité devant ses réticences, a fini par lui lancer que lui, «un vieux loup», avait admis aujourd’hui avoir fait deux choses «illégales», à savoir recourir à des prête-noms pour faire du financement politique au provincial chez Roche et rembourser les factures de Gilles Cloutier, qui facturait Roche pour organiser des élections clé-en-main au palier municipal.

M. Côté n’a pas apprécié la remarque du commissaire, lui reprochant de vouloir lui «faire la morale».

À sa connaissance, des élections municipales clé-en-main qui ont bénéficié du financement de Roche ont eu lieu à Chertsey, Sainte-Julienne, Rawdon, Boisbriand et Varennes.

M. Côté a aussi confirmé avoir participé à l’organisation de cocktails de financement pour Nathalie Normandeau, lorsqu’il était vice-président au développement des affaires chez Roche, alors que Bruno Lortie était le directeur de cabinet de la ministre des Affaires municipales et s’occupait aussi de son financement. M. Côté l’a fait de 2004 à 2009.

Il était très près de Bruno Lortie, qu’il a qualifié de véritable «fils adoptif» pour lui. II pouvait l’appeler une fois par semaine lorsqu’il était chez Roche et obtenait de lui des informations.

«Je me souviens d’une conversation que j’ai eue avec son père, peu de temps avant son décès, qui souhaitait que je m’occupe de sa famille et de Bruno. Je suis un peu devenu le père adoptif de Bruno», a résumé Marc-Yvan Côté, qui a été ministre libéral pendant neuf ans et organisateur libéral, avant d’aller travailler chez Roche.

Le rôle de M. Côté s’est limité à «trouver des gens qui accepteraient de venir au cocktail» de Mme Normandeau. Il a rapporté avoir personnellement amassé 10 000 $ à 15 000 $.

M. Côté a souligné qu’il ne possédait pas de certificat de solliciteur du PLQ pour chercher ainsi du financement pour la ministre Normandeau.

Le procureur de la commission, Me Simon Tremblay, a pourtant déposé des certificats de solliciteur à son nom qui ont été saisis lors d’une perquisition au Parti libéral et qui ont été signés par le représentant officiel du PLQ, mais pas par M. Côté. M. Côté affirme les avoir vus pour la première fois à la commission.

M. Côté se rappelle que les billets pour ces cocktails coûtaient 1000 $ chacun. Me Tremblay a souligné que selon les livres du PLQ, ils coûtaient plutôt 500 $.

M. Côté a avoué que lorsqu’il travaillait pour Roche, il appelait M. Lortie en moyenne une fois par semaine au cabinet du ministère des Affaires municipales.

Et il obtenait des informations de la part de M. Lortie, des informations qu’il avait refusé, la veille, de qualifier de privilégiées. Il a répété qu’il ne s’agissait que d’informations sur l’état d’avancement d’un dossier au sein du ministère des Affaires municipales, un «état de situation» sur une demande de subvention, par exemple.

À l’occasion, les vice-présidents de Roche, France Michaud et André Côté, pouvaient demander à rencontrer M. Lortie et Marc-Yvan Côté profitait alors de son amitié avec lui pour lui demander si cela était possible, a-t-il raconté.

Par ailleurs, M. Côté a affirmé que «non, jamais, d’aucune façon» il n’a vu d’argent comptant circuler au Parti libéral du Québec.

Pour l’ensemble de son témoignage, M. Côté a atténué son influence et son importance chez Roche. Il a souvent rejeté la responsabilité sur l’autre vice-présidente, France Michaud.

Il a aussi soutenu qu’il n’a fait qu’obtenir une information qui était publique et qu’une autre firme aurait pu avoir en faisant le même appel. «Il n’y a pas eu autant de dossiers que vous pouvez le prétendre», a-t-il aussi répondu au procureur de la commission, Me Simon Tremblay.

L’interrogatoire de M. Côté a été laborieux. Le parlementaire expérimenté a souventes fois répondu vaguement ou en apportant maintes nuances à ses réponses. «C’est à lui qu’il faudrait le demander», «je vous ai répondu hier là-dessus» ou «peut-être que je n’ai pas été assez clair», a-t-il répliqué à quelques occasions.

Un autre témoin suivra jeudi. La commission n’en a pas encore révélé l’identité.

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