Malgré les discussions, la crise forestière n’est pas réglée sur la Côte-Nord

MONTRÉAL – Les récentes discussions entre les industriels de la Côte-Nord et les représentants gouvernementaux n’ont pas permis de mettre fin à la crise forestière qui prive de travail près de 500 personnes depuis deux semaines.

Au lendemain d’une rencontre tenue à Québec, Produits forestiers Résolu (TSX:RFP), Groupe Rémabec ainsi que la coopérative Boisaco estiment qu’il sera difficile de dénouer l’impasse à court terme.

Après avoir analysé avec des fonctionnaires les mesures de 13 millions $ annoncées plus tôt cette semaine par le gouvernement Couillard, les industriels estiment que, d’après leurs calculs, l’aide gouvernementale représente plutôt 2,5 millions $.

«Il y a vraiment loin de la coupe aux lèvres, a dit le porte-parole de Résolu, Karl Blackburn. Encore une fois, les mesures mises en place ne reconnaissent pas les particularités de la Côte-Nord.»

Mis sur pied par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, le comité réunissait des fonctionnaires ainsi que deux représentants de chacune des entreprises forestières touchées par les pourparlers.

Selon M. Blackburn, les mesures proposées plus tôt cette semaine par Québec ne tiennent pas compte de la géographie «unique» de la région, des vieilles forêts ainsi que l’épidémie de tordeuse des bourgeons de l’épinette.

Le plan gouvernemental proposait entre autres aux industriels une compensation pour les coûts supplémentaires découlant de la récupération du bois affecté par la tordeuse.

L’utilisation de bois contaminé est plus dispendieuse pour une entreprise car elle doit notamment s’assurer de faire disparaître les taches laissées par la tordeuse du bourgeon afin de s’assurer de sa qualité. De plus, il faut plus de fibre contaminée pour produire une tonne de papier journal.

Selon les industriels forestiers, les demandes entourant le coût de la fibre répondent aux différentes ententes internationales, dont l’accord canado-américain sur le bois d’oeuvre.

Rejoint au téléphone, Mathieu Gaudreault, l’attaché de presse du ministre des Forêts Laurent Lessard, s’est mal expliqué la sortie des industriels compte tenu de l’aide annoncée en début de semaine et des discussions.

«Je ne sais pas à quoi que ça sert de faire ce type de calcul, a-t-il dit. Nous avons déposé des mesures, qui, selon nos estimations, représentent 13 millions $.»

M. Gaudreault a rappelé qu’il pouvait y avoir d’autres rencontres à court terme avec les industriels s’ils le désirent. Il a ajouté que Québec serait attentif aux propositions si elles respectent les lois québécoises, le régime forestier de la province ainsi que les accords internationaux.

Toutefois, ayant l’impression que les fonctionnaires du ministère des Forêts sont à la «limite de leur capacité», M. Blackburn croit que le moment est venu pour les ministères de l’Économie et des Finances de s’impliquer davantage.

«Si, malheureusement, il n’y a personne qui prend ses responsabilités (…) le mur est proche (pour l’industrie)», a-t-il laissé tomber.

Sans entente, Résolu prévient que les 400 emplois directs répartis dans sa scierie des Outardes et sa papetière à Baie-Comeau seraient également menacés au cours des prochaines semaines ainsi qu’à moyen terme.

De son côté, Rémabec demande notamment à ce que la valeur marchande du bois, fixée par le gouvernement, revienne au niveau de 2007-2008, un seuil qui, selon elle, permettrait aux entreprises de cesser de perdre de l’argent.

En entrevue téléphonique, son porte-parole, Pierre-Olivier Lussier, a affirmé que les industriels forestiers de la Côte-Nord avaient atteint un «point de non-retour» en ce qui a trait aux pertes financières.

«La suite des choses est inquiétante, a-t-il affirmé. À voir la réponse actuelle du gouvernement malgré l’urgence de la situation mise de l’avant depuis un certain temps, il est permis de s’inquiéter.»