Duffy a-t-il assisté à des funérailles à titre de sénateur ou à titre personnel?

OTTAWA – Quand Mike Duffy a assisté à trois funérailles à l’Île-du-Prince-Édouard — en refilant aux contribuables ses frais de déplacement de plus de 5000 $ —, il agissait, en partie du moins, à titre de sénateur, même s’il était personnellement lié aux défunts, a plaidé jeudi son avocat.

M. Duffy a ainsi assisté aux funérailles d’une proche amie de sa mère, à celles d’un bon ami vétéran de la Deuxième Guerre mondiale et à celles d’un bénévole auprès des jeunes — par ailleurs militant conservateur de longue date.

Le sénateur conservateur représentant l’Île-du-Prince-Édouard, suspendu depuis du caucus, a plaidé non coupable à 31 chefs d’accusation de fraude, de corruption et d’abus de confiance. La Couronne soutient que M. Duffy a notamment réclamé au Sénat — donc aux contribuables — le remboursement de dépenses liées à des activités somme toute personnelles, comme des déplacements à caractère privé. La défense, quant à elle, tente de démontrer que ces frais étaient liés à des activités de fonction.

Selon Myrna Sanderson, qui témoignait au procès jeudi par téléphone, le sénateur n’a rien fait de particulier lors des funérailles, en 2011, de l’ancien combattant Clifton Elmer Stewart, bien connu dans l’Île-du-Prince-Édouard, et ami de M. Duffy. Mme Sanderson a quand même cru que le sénateur Duffy représentait le gouvernement fédéral à ces funérailles.

En janvier 2012, M. Duffy est venu assister aux funérailles de Robert Leclair, bénévole respecté dans sa région. Le sénateur a même fait une lecture de certains passages de la Bible en chaire, a-t-on appris jeudi au procès.

Mais selon son avocat, Donald Bayne, M. Duffy était présent parce qu’il a la responsabilité de représenter sa région à titre de sénateur, et que «des funérailles constituent une importante façon de rendre hommage à des concitoyens». De plus, M. Leclair était depuis toujours un militant conservateur, qui avait même été bénévole lors de campagnes électorales. Me Bayne a aussi laissé entendre que M. Duffy, le sénateur, avait à cette occasion rencontré un haut fonctionnaire provincial.

En 2009, quelques mois après sa nomination au Sénat, M. Duffy a par ailleurs assisté aux funérailles d’une vieille amie de sa mère, Isobel DeBlois, toujours à l’Île-du-Prince-Édouard. C’est même M. Duffy qui a lu l’éloge funèbre pendant la cérémonie.

Me Bayne plaide cependant que puisque Mme DeBlois est une descendante de George Coles, tout premier premier ministre de la province et l’un des «Pères de la confédération», elle méritait bien qu’un représentant du gouvernement assiste à ses funérailles — et que le déplacement du sénateur Duffy soit défrayé par les contribuables.

Me Bayne a aussi plaidé que Mme DeBlois était issue d’une famille de gens d’affaires très actifs dans la province, laissant entendre que le sénateur n’avait pas fait le déplacement pour de stricts motifs personnels.

«À l’échelle de l’Île-du-Prince-Édouard, on parle d’une dame qui fait partie d’une famille de calibre « VIP »», a soutenu Me Bayne.