Mohamed Fahmy intente une poursuite en dommages de 100 M $ contre Al-Jazeera

Le journaliste canadien Mohamed Fahmy, qui a passé plus d’un an en prison en Égypte, intente une poursuite en dommages de 100 millions $ contre son ancien employeur, le réseau d’information continue Al-Jazeera.

M. Fahmy accuse l’agence de nouvelles qatarie de conduite négligente, de bris de contrat et d’assertion négligente et inexacte. Il en a fait l’annonce au Caire, lundi, mais la poursuite est déposée au Canada (en Colombie-Britannique).

«(Les dirigeants du réseau) ne semblent pas comprendre qu’ils ne peuvent continuer à défier ainsi la souveraineté des gouvernements, à accorder plus d’importance à la nouvelle qu’à la sécurité de leurs employés, et croire qu’ils vont toujours s’en tirer comme ça. Je veux les poursuivre coûte que coûte, et obtenir gain de cause», a-t-il lancé en conférence de presse au Caire.

M. Fahmy, chef du bureau d’Al-Jazeera au Caire, avait été arrêté par les autorités égyptiennes en décembre 2013, en compagnie de deux autres collègues du réseau anglais de l’agence de nouvelles, qui ont tous été accusés d’avoir fait partie d’un groupe terroriste et d’avoir diffusé des images falsifiées dans le but de nuire à la sécurité nationale.

Reconnu coupable le 23 juin 2014, M. Fahmy avait été condamné à sept ans de prison. En janvier dernier, une cour d’appel a finalement ordonné la tenue d’un nouveau procès, et le journaliste a été libéré sous caution le 12 février — plus d’un an après son arrestation initiale.

Al-Jazeera est la propriété du gouvernement du Qatar, un élément clé dans la dialectique de la poursuite.

Les relations entre l’Égypte et le Qatar se sont envenimées depuis 2013, lorsque les militaires égyptiens ont renversé le président élu Mohamed Morsi, un leader des Frères musulmans, proches du gouvernement qatari.

Dans sa poursuite, M. Fahmy soutient qu’Al-Jazeera a utilisé sa chaîne en arabe pour promouvoir la cause des Frères musulmans, ce qui mettait en péril les journalistes de tout le réseau — notamment du réseau anglais où il travaillait. Ainsi, selon M. Fahmy, avant que ces démêles ne commencent, plusieurs employés d’Al-Jazeera avaient été arrêtés au Caire parce qu’ils n’étaient pas accrédités, et la chaîne en langue arabe avait même été plus tard interdite en Égypte.

«Si M. Fahmy avait su que des lois égyptiennes avaient été violées — des infractions passibles de la prison et même de la peine de mort —, il n’y a aucun doute qu’il aurait fait sortir son équipe et se serait dissocié» de ces infractions, a plaidé son avocate, Joanna Gislason, dans une entrevue accordée du Caire à La Presse Canadienne. «Il n’aura finalement pas pu faire ce choix par lui-même.»

Selon elle, M. Fahmy estime qu’il a été un pion dans ce conflit politique entre les deux pays. «Il a été lui-même diabolisé, et le travail du très respecté réseau anglais d’Al-Jazeera a été amalgamé par les Égyptiens (à ce réseau en arabe), qui avait été interdit.»

Le réseau Al-Jazeera rétorque que M. Fahmy devrait plutôt poursuivre ses geôliers, pas ses employeurs. «Il est triste de constater que M. Fahmy reprend les critiques formulées par les autorités égyptiennes à l’endroit d’Al-Jazeera», a écrit le réseau dans un communiqué à La Presse Canadienne. «Tous les gouvernements prennent en grippe certains médias, mais ils n’invoquent pas tous des motifs fallacieux afin d’emprisonner des journalistes.»